POLÉMOLOGIE

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Fondements de la polémologie

La démarche de G. Bouthoul s'inscrit en réaction contre les penseurs et les hommes politiques qui ont tenté d'obtenir une éradication de la guerre par sa « mise hors la loi ». Niant la « pseudo-évidence » de la guerre, il veut faire de celle-ci un objet d'études. Les pacifistes n'ont jamais opposé aux guerres qu'une pétition de principe selon laquelle elles constitueraient un état pathologique, mais curable, des sociétés humaines. Au point de départ de la polémologie se trouve donc une analyse du pacifisme et de ses échecs. Pour les pacifistes, la guerre est un crime dont il faut chercher les auteurs : les « fauteurs de guerre » sont tantôt les hommes au pouvoir, tantôt des comploteurs intéressés ; ou encore, un certain type d'institution serait propre à sécréter la guerre. Ainsi, le xviiie siècle a construit une théorie de l'origine monarchique de la guerre. Le danger d'une telle théorie est qu'elle légitime la violence : pour abattre les despotes, on a remplacé les guerres dynastiques – qui elles-mêmes avaient succédé aux guerres féodales – par les guerres nationales.

C'est pourquoi il faut suivre une démarche intellectuelle inverse. La polémologie pose un postulat selon lequel il est vain d'essayer d'approfondir les motivations d'un homme-sujet, maître d'une violence organisée dont il perdrait cependant le contrôle ; renversant les données du pacifisme classique, il convient de rechercher la vraie nature du phénomène guerre qui, sous des formes diverses, mais en tout temps, conditionne la vie et la mort de l'homme, objet de forces qui le dépassent. « On croit, écrit Gaston Bouthoul dans Avoir la paix, que la guerre est un instrument à la disposition des peuples et des gouvernements. N'y aurait-il pas lieu d'inverser les termes et de penser que c'est au contraire l'homme qui est le jouet de la guerre ? »

Ainsi, la guerre sort du domaine du sacré où l'avaient enfermée ses thuriféraires tout comme ses procureurs pour devenir une catégorie de la sociologie. L'échec de la recherche appliquée s'explique, en matière de conflits, par l'absence d'une recherche fondamentale : seule la sociologie peut permettre de penser la guerre et donc de fournir au politique les instruments propres à la comprendre et à l'évacuer, parce que, comme l'écrit Max Weber dans Économie et société, « elle élabore des concepts de types et elle est en quête de règles générales du devenir [...]. Que l'objet de son étude soit rationnel ou irrationnel, la sociologie s'éloigne de la réalité et rend service à la connaissance en ce sens que, en indiquant le degré de l'approximation d'un événement historique relativement à un ou plusieurs concepts, elle permet d'intégrer cet événement. » Suivant la démarche wébérienne, la polémologie refuse tout a priori et, cherchant son aliment dans l'histoire, recense les éléments propres à catégoriser les processus et les comportements belliqueux. Elle se différencie donc de la stratégie qui pense l'action collective finalisée en milieu conflictuel, tout autant que de l'histoire militaire, qui rend compte de l'activité belliqueuse des hommes dans le temps, et de l'art militaire qui théorise cette activité.

Mais surtout elle concerne le savant, et non le militant. Elle n'est pas une morale. Elle se cantonne dans l'étude des phénomènes observables. Apportant une contribution, au départ spécifiquement française, à un vaste mouvement d'idées provoqué par les deux guerres mondiales, Gaston Bouthoul et ses émules ont constamment cherché à se démarquer des recherches connexes qui risquaient de dénaturer le sens de leurs travaux. Celles-ci ont, en effet, très souvent pris une coloration politique, religieuse ou idéologique précise. Elles se sont d'ailleurs développées, sous l'égide d'une Association internationale de recherches sur la paix, à la fois dans les pays occidentaux (où les Anglo-Saxons et les Scandinaves ont été les plus actifs), dans les pays de l'Est et dans le Tiers Monde. Le terme de polémologie ne s'est guère imposé hors de France et des pays latins. Ailleurs, on lui a en général préféré celui de peace research. Or ce dernier est ambigu puisqu'il signifie tout à la fois « recherche sur la paix » et « recherche de la paix ». Si, dans la première acception, la peace resea [...]

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Michel-Henri GIÈS, « POLÉMOLOGIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/polemologie/