QUINON PIERRE (1962-2011)

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Champion olympique en 1984 à Los Angeles, Pierre Quinon concrétisa par ce triomphe la qualité de l'école française de saut à la perche, dont les représentants multiplièrent les records du monde à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Il fut un perchiste atypique, au style unique, comme le rappelle Jean-Claude Perrin : « Il avait un piqué étonnant, qui lui allait bien, car les perches, il ne les fléchissait pas, il les tordait. »

Pierre Quinon est né le 20 février 1962 à Lyon. Adolescent, il se passionne pour le saut à la perche, et il fait ses premières armes au sein du Rhodia Club de Salaise-sur-Sanne (Isère), où il est entraîné par son père. Médaillé d'argent aux Championnats d'Europe juniors en 1981, il rejoint alors le Racing-Club de France, intégrant le groupe de perchistes – Patrick Abada, Jean-Claude Bellot, Thierry Vigneron (alors recordman du monde avec 5,80 m) – coachés par Jean-Claude Perrin, l'homme qui, avec Maurice Houvion, a propulsé la perche française sur le devant de la scène mondiale. Pierre Quinon poursuit sa progression, mais il connaît un revers à l'occasion des premiers Championnats du monde d'Helsinki, en 1983, où il est éliminé du concours sans avoir réussi à franchir la moindre barre. Cette compétition constitue une déroute pour la perche française (Patrick Abada est cinquième, Thierry Vigneron huitième), alors que l'épreuve voit la victoire d'un Soviétique inconnu de moins de vingt ans qui se nomme Sergueï Bubka. Mais Quinon réagit en champion : le 23 août 1983, au meeting de Cologne, il franchit 5,82 mètres, battant le record du monde détenu par le Soviétique Vladimir Polyakov. À cette occasion, il est aussi le premier homme à oser s'attaquer à une barre placée à 6 mètres de hauteur – une audace permise par son style fondé plus sur l'explosivité et l'instinct que sur la perfection du geste, et par des qualités physiques (vitesse, puissance, détente) hors norme. Mais son record ne tient que quatre jours, le temps pour Thierry Vigneron de réussir un saut de 5,83 mètres.

Au début de 1984, Pierre Quinon obtient la médaille d'argent lors des Championnats d'Europe en salle (5,75 m), devancé par Thierry Vigneron (5,85 m). Champion de France cette année-là, comme en 1982 et en 1983, il est sélectionné pour les jeux Olympiques de Los Angeles, en compagnie de Thierry Vigneron et de Serge Ferreira. Les Tricolores sont très attendus, pour deux raisons : d'une part, depuis 1980, trois d'entre eux sont devenus recordman du monde, mais tous ont échoué lors des rendez-vous majeurs ; d'autre part, Sergueï Bubka n'est plus un inconnu (il a porté le record du monde à 5,90 m peu avant le début des Jeux), mais il est absent car l'U.R.S.S. boycotte le rendez-vous olympique.

Le 8 août 1984, dans le Memorial Coliseum balayé par un vent tournant, Pierre Quinon, pourtant légèrement blessé, réalise un de ces coups de poker qui font le charme des grandes compétitions : après un échec à 5,65 mètres, il ne tente pas son second essai et s'attaque directement à une barre placée à 5,70 mètres, qu'il franchit. Il passe ensuite 5,75 mètres au premier essai, ce qui contraint l'Américain Mike Tully à franchir 5,80 mètres pour obtenir la médaille d'or. Ce dernier échoue, et Pierre Quinon devient le huitième Français champion olympique en athlétisme, alors que Thierry Vigneron est médaillé de bronze.

Ce jeune homme de vingt-deux ans, qui a vaincu chez eux des Américains talentueux poussés par un public chauvin, refuse la gloire surfaite et les honneurs personnels : « J'ai un peu vécu Los Angeles comme si j'avais été l'heureux élu d'une histoire commencée en France bien avant moi », déclarera-t-il. Son bonheur est intense, mais il n'accepte pas de l'exposer au grand jour. Le 16 juillet 1985, il établit sa meilleure performance en franchissant 5,90 mètres – mais Sergueï Bubka en est déjà à 6 mètres. Éloigné des sautoirs dès 1986 par les blessures, il ne retrouvera jamais plus son niveau ; il annonce officiellement la fin de sa carrière en 1993.

Pierre Quinon s'adonne ensuite à la peinture abstraite avec un talent certain, ouvre à Hyères une rôtisserie, sans se couper du monde des perchistes : en 1996, il se trouve dans les gradins à Atlanta et est le premier à féliciter son ami Jean Galfione, à son tour champion olympique ; en 2004, il [...]

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Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « QUINON PIERRE - (1962-2011) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-quinon/