GEORGE PIERRE (1909-2006)

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Pendant près de quatre décennies (des années 1940 aux années 1980), Pierre George a été le spécialiste de géographie humaine et économique le plus connu en France et dans le monde. Né le 11 octobre 1909 à Paris, il fit, avant d'être élu membre de l'Institut en 1980, à l'Académie des sciences morales et politiques, une carrière rapide pour l'époque ; agrégé d'histoire et de géographie à vingt et un ans (reçu premier), docteur à vingt-six, il enseigne en province puis à Paris, avant d'être nommé à l'université de Lille (1946) puis à la Sorbonne (1948), où il devient professeur (1953-1977).

Sa production fut considérable et ses activités plus grandes encore. Président du jury d'agrégation de sa discipline (1962-1971), président du Comité des travaux historiques et scientifiques (section géographie), directeur de la Bibliographie géographique internationale, membre des conseils de l'I.N.E.D. auprès de son ami Alfred Sauvy, membre du conseil du Comité national français de géographie, directeur de plusieurs collections de géographie aux Presses universitaires de France et grand prix de la Société de géographie en 2000, Pierre George a exercé maintes fonctions et eut de nombreux titres.

Ce littéraire, qui lisait l'anglais, l'allemand, l'italien et avait aussi appris le russe pour pouvoir travailler sur l'U.R.S.S., possédait également une formation scientifique. Il avait passé plusieurs certificats d'études supérieures en sciences, en particulier en botanique, ce qui peut expliquer sa thèse complémentaire sur La Forêt de Bercé (1936) dirigée par Emmanuel de Martonne. Pierre George enseigna trente ans à la Sorbonne, mais très longtemps aussi aux Instituts d'études politiques de Paris et de Grenoble, ainsi que dans de nombreuses universités étrangères sur tous les continents ; il prit la parole dans d'innombrables congrès. Les centaines de thèses qu'il dirigea ont ouvert autant de pistes. Il était docteur honoris causa des universités de Turin, Genève, Ottawa.

Il a publié de très nombreux articles dans de multiples revues et bien des ouvrages, principalement aux P.U.F. dirigées par son ami Pierre Angoulvent, dans les collections La France de demain, L'Europe de demain, Magellan, etc. Sa thèse de géographie régionale, La Région du Bas-Rhône (1935), dirigée par André Cholley, resta longtemps un modèle de clarté et d'analyse. Il publia au moins une vingtaine de titres dans la collection Que sais-je ? ; il lui arrivait d'en écrire un en un mois, sans ralentir ses autres activités.

La géographie de Pierre George fut longtemps typologique et marxisante, tout en restant concrète, vivante et non théorique, comme en témoignent notamment ses deux ouvrages magistraux La Ville, le fait urbain à travers le monde (1952) et La Campagne, le fait rural à travers le monde (1956), mais aussi Géographie de l'énergie (1950) et Géographie de la population (1965), ainsi que la majeure partie de ses Que sais-je ?. Mais il s'illustra aussi en géographie régionale, dans l'esprit de sa thèse, avec Les Régions polaires (1946), L'U.R.S.S., Haute-Asie, Iran (1947), premier ouvrage de géographie en français sur l'Union soviétique, L'Europe centrale (1954) avec Jean Tricart, etc., et dirigea un Dictionnaire de la géographie en 1970.

Les événements de 1968 marquèrent sans doute un tournant dans sa pensée. Il refusa de reprendre à son compte certains slogans, tels « Il est interdit d'interdire » ou encore « De Gaulle SS ». Conscient des insuffisances de l'enseignement supérieur français et du marxisme comme clé de l'explication du monde, celui qui en 1936 avait adhéré au Parti communiste glissa vers une conception plus humaniste de la géographie, en particulier dans ses derniers ouvrages comme Le Métier de géographe (1990) et Le Temps des collines (1995). Il milita à la fin de sa vie dans les mouvements de défense des animaux.

Le parcours de Pierre George est tout à fait typique de celui de nombreux intellectuels et universitaires français de toutes disciplines nés avant 1914, devenus adultes durant l'entre-deux-guerres, emportés par les grandes vagues d'optimisme de 1936 et de 1945, mais pas du tout par celle de 1968. Comme le dit son fils spirituel, Yves Lacoste, il est devenu « nostalgique du passé devant la perte de repères du monde actuel ». Il a voulu que ses cendres soient dispersées dans les plaines du bas Rhôn [...]

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  • : président de la Société de géographie, professeur émérite à l'université de Paris-Sorbonne

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Pour citer l’article

Jean BASTIÉ, « GEORGE PIERRE - (1909-2006) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-george/