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PHARMACOCINÉTIQUE

La partie de la pharmacologie qui étudie, en fonction du temps, le devenir d'une substance après son introduction dans un organisme vivant porte le nom de pharmacocinétique. Cette destinée comporte essentiellement quatre phases : l'absorption ou résorption, la distribution, les biotransformations ou métabolisme, et l'élimination, qui peuvent être, en partie ou en totalité, fonction de la voie d'administration (intraveineuse, intramusculaire, orale, rectale, percutanée, etc.) et de la forme sous laquelle elle est administrée (solutions, comprimés, suppositoires, pommades, etc.). Ces facteurs conditionnent la quantité de produit pouvant atteindre les cibles biologiques et produire une modification, à l'origine de l'effet thérapeutique.

Le principe d'une étude pharmacocinétique consiste à déterminer dans divers échantillons biologiques, en fonction du temps, les quantités et les concentrations d'un produit administré à l'homme ou à l'animal et/ou celles de ses métabolites. On effectue ces mesures, notamment sur le plasma, le liquide céphalorachidien, les organes ou structures d'organe, l'urine, la bile, les fèces, etc.

Des expérimentations in vitro, dans lesquelles la substance est mise au contact d'organes isolés, de broyats tissulaires, de cultures cellulaires, de solutions protéiques... permettent de préciser certains aspects de cette étude (biotransformations, liaisons protéiques, interactions médicamenteuses, etc.).

Les procédés utilisés pour ces mesures font intervenir l'ensemble des méthodes analytiques, que ce soit au stade de la purification (extraction, chromatographie), ou à celui de la détermination des quantités ou des structures (méthodes spectrographiques dans l'ultraviolet, dans l'infrarouge, de résonance magnétique nucléaire, de masse et de dichroïsme circulaire). On fait largement appel aux traceurs isotopiques radioactifs et stables, tant pour la localisation et la caractérisation du produit et de ses métabolites que pour leur dosage (radio-immuno-essai).

L'exploitation des résultats utilise des modèles mathématiques, le plus souvent traités par l'informatique, fondés en général sur des échanges, de type exponentiel, du médicament ou de ses métabolites entre des compartiments de l'organisme définis comme des espaces virtuels, homogènes sur le plan cinétique. Par exemple, la cinétique des concentrations plasmatiques d'un produit, après injection intraveineuse, peut être représentée par une somme de n exponentielles définissant chacune un compartiment, ce qui, à partir de ces hypothèses, permet de déduire les volumes de distribution de ces compartiments, les demi-vies de ces différentes phases (temps nécessaire à la diminution de moitié de la concentration initiale) et la clairance du plasma (volume de plasma totalement épuré d'un produit, par unité de temps).

Les enseignements qui découlent d'une telle étude concourent à donner une meilleure connaissance du comportement d'un médicament dans l'organisme. Ils peuvent également servir à décider de l'opportunité d'une amélioration de son activité par modulation moléculaire, notamment en formant des prodrogues, à rationaliser son utilisation clinique (choix des formes pharmaceutiques, adaptation des posologies et du mode d'emploi), à prévoir ou à comprendre dans une certaine mesure certains aspects de sa toxicité, par exemple à savoir s'il y a accumulation élective au niveau d'un organe.

— Jean-Cyr GAIGNAULT

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Écrit par

  • : docteur en pharmacie à l'université de Paris, docteur ès sciences physiques, membre de l'Académie nationale de pharmacie

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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