SUNDMAN PER OLOF (1922-1992)

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L'œuvre de l'écrivain suédois Per Olof Sundman tient en quelques romans ou nouvelles : Les Chasseurs (Jägarna, 1957), L'Enquête (Undersökningen, 1958), L'Expédition (Expeditionen, 1962), Le Voyage de l'ingénieur Andrée (Ingeniör Andrées Luftfärd, 1967), Ce pays est une grande île (Berättelsen om Såm, 1977) qui, tous, valent pour la nouveauté révolutionnaire de leur écriture et, au-delà, pour la vision du monde qu'elle recouvre.

Il semble que le problème majeur sur lequel Sundman ait choisi de se pencher concerne la relation du témoignage. Formé sur le terrain aux techniques les plus modernes de la sociologie, marqué surtout par les vieilles sagas islandaises avec leur feint détachement et leur art souverain de la litote, il s'applique à rapporter des histoires plus ou moins banales, d'apparence policière souvent, ou à exploiter des sources quasi documentaires mais mal interprétables (les carnets de route de l'explorateur Stanley, ceux de l'aéronaute Andrée, par exemple) pour composer des récits qui se présentent toujours au second ou même au troisième degré et qui appellent donc nécessairement plusieurs lectures. En même temps, par un traitement extrêmement subtil de la temporalité, par tout un arsenal de techniques délicates (retour de thèmes avec modifications, déplacements d'éclairages selon un dosage minutieux, mépris ou, au contraire, attention excessive au contexte spatial, décalage dans la transcription des dialogues, anticipations et rétrospectives, discours indirect simple ou libre, etc.), il parvient tout à la fois à diluer le discours dans les considérations adventices et à édifier, à côté de la prétendue réalité, un « fait » littéraire dont le miracle est qu'il conserve un indéniable prestige pour le lecteur tout en défiant les impératifs de l'entendement cartésien : ainsi, il recrée sous la réalité, ou au-delà, un univers où tout est ambigu, mais d'autant plus fascinant, et une vision du monde qui, si elle se solde par un constat d'échec, ouvre parallèlement de belles perspectives à la fantaisie. On aurait tort de tirer de cette façon de faire des conclusions pessimistes : ce n'est pas parce qu'il révoque en doute la valeur humaine que Sundman se confine en un behaviorisme bien tempéré, c'est parce qu'il entend manifester la souveraine liberté humaine et qu'il ne veut pas la faire passer sous les fourches caudines des explications (psychanalytiques, politiques ou sociologiques) qui, pour lui, n'expliquent finalement rien.

—  Régis BOYER

Écrit par :

  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Dans le chapitre « Les Temps modernes »  : […] Désormais, la Suède est devenue une grande puissance. Elle souffre pourtant, en littérature, d'un déséquilibre entre tenants de la tradition et adeptes résolus d'un modernisme impénitent. À ce titre, l'auteur le plus représentatif restera Pär Lagerkvist (1891-1974) qui, d' Angoisse ( Ångest , 1916) à Mariamne (1967) en passant par Barabbas (1950) et de nombreux ouvrages romanesques ou dramatiqu […] Lire la suite

Pour citer l’article

Régis BOYER, « SUNDMAN PER OLOF - (1922-1992) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 octobre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/per-olof-sundman/