ENQUIST PER OLOF (1934- )

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Après de bonnes études, cet écrivain suédois né en 1934 à Hyoygböle, s'engagea dans la littérature par des romans, L'Œil de cristal (1961) et La Voie de passage (1963), où se lisaient des tendances métaphysiques qui éclateront dans Le Cinquième Hiver du magnétiseur (1964) : à partir du personnage historique de Mesmer, les insolubles conflits entre foi et doute, entendement et irrationnel sont soulignés par des personnages aux propos lourds de sous-entendus, dans une atmosphère tous les présages funestes que renforce un remarquable talent de conteur faussement objectif. Avec Hess (1966), c'est-à-dire Rudolf Hess, se dessine un infléchissement thématique et formel. Sur le fond, c'est au mystère insondable de l'être humain, créature de passion, de violence et de détresse que va l'attention de l'auteur-observateur. Dans sa forme, Hess pratique la technique du « collage » par épisodes juxtaposés, apparemment sans lien. C'est dans ce dernier sens qu'évoluera désormais sa production, jusqu'à faire de son auteur un des grands tenants de l'école dite du roman-document fondé sur une authentique expérience vécue et s'entourant de toute la documentation souhaitable. Tel sera le cas des Légionnaires (1968, titre de la traduction française : L'Extradition des Baltes), roman sur les extradés baltes, un des épisodes pénibles de la dernière guerre en Suède qu'Enquist tient à éclairer par ses documents, ou encore du Second (1971), plus orienté par des vues politiques, et surtout de La Cathédrale de Munich (1972), où les sanglants jeux Olympiques de Munich donnent lieu à une méditation sur le drame humain actuel où la violence semble prendre la place de toutes nos « valeurs ». Cette œuvre romanesque très attachante et fort bien écrite se double d'intéressants essais dramatiques parmi lesquels on retiendra La Nuit des tribades (1975), sur le personnage de Strindberg, et surtout l'admirable Pour Phèdre (1980) : étonnante méditation, sur le thème de Phèdre, autour de la condition de la femme d'aujourd'hui, impitoyablement dépossédée d'elle-même par rage d'égalitarisme et de prétendue liberté. De même, Blanche et Marie (2004) propose un double portrait de femme. Celui de Marie Curie et celui de Blanche Wittman, qui fut une des patientes de Charcot à la Salpêtrière. Subvertissant le genre du roman documentaire ; l'écrivain imagine pour celle-ci la vie et la parole qui lui ont été dérobées.

Per Olov Enquist a publié une autobiographie intitulée Une autre vie (2010).

—  Régis BOYER

Écrit par :

  • : professeur émérite (langues, littératures et civilisation scandinaves) à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Régis BOYER, « ENQUIST PER OLOF (1934- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mars 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/per-olof-enquist/