GUINARD PAUL (1895-1976)

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En 1976 a disparu, avec Paul Guinard, l'un des meilleurs connaisseurs de la peinture espagnole. Il était né à Annecy, et les traditions héritées de son père, officier, eurent une influence durable sur ses idées et sur son comportement. Après avoir participé à la campagne d'Orient pendant la Première Guerre mondiale, il entre tout de suite après sa démobilisation à l'École normale supérieure. En 1921, il est agrégé d'histoire.

Détaché auprès du ministère des Affaires étrangères, il est nommé, en 1922, professeur d'histoire de l'art à l'Institut français en Espagne. Bon musicien, Paul Guinard désirait se consacrer à la musicologie, mais cette intention première ne résiste pas à la découverte de la peinture espagnole. À la grande satisfaction de Maurice Barrès, il entreprend une thèse de doctorat sur Greco. Des tâches administratives absorbantes le feront vite renoncer à cette entreprise.

Il devient en 1932 directeur de l'Institut français en Espagne. Trente années durant, il se donnera tout entier à cette tâche, avec un double objectif : servir la cause de l'art français en Espagne et faire connaître l'art espagnol en France. À la première de ces préoccupations correspond la publication, dès 1931, d'un excellent petit ouvrage de vulgarisation, Arte francés (manuels Labor, Barcelone). La seconde est à l'origine de son premier ouvrage important sur l'art de la Péninsule : Madrid et l'Escorial (coll. Les Villes d'art célèbres, Laurens, Paris, 1935).

La guerre civile éclate et Paul Guinard quitte Madrid. Il est chargé de mission à l'Institut français de Varsovie de 1937 à 1938, puis devient directeur adjoint de l'Office national des universités. Dès l'été de 1939, il retrouve son poste de directeur de l'Institut français en Espagne, avec des attributions élargies et le contrôle de tous les organismes, instituts, lycées et écoles qui manifestent la présence culturelle de la France dans la Péninsule. Outre celle de Barcelone, qui existait déjà, des filiales de l'Institut sont créées à Valence, Saragosse, Saint-Sébastien, Bilbao et Séville. Compte tenu des circonstances, cette activité implique des choix sur le plan politique. Ceux-ci peuvent être difficiles, surtout pour qui a le cœur droit. En mai 1943, Paul Guinard est révoqué par le gouvernement de Vichy et l'Institut est provisoirement rattaché à l'université d'Alger. Il le demeurera jusqu'à la Libération. Après cette date, les responsabilités de Paul Guinard en Espagne s'élargissent encore : il est nommé, en 1945, attaché culturel auprès de l'ambassade de France – titre remplacé ultérieurement par celui de conseiller culturel ; il est délégué général de l'Alliance française. On lui confie un cours à la faculté des lettres de Madrid, en 1955, et il est chargé par intérim de l'administration de la Casa Velázquez, de 1955 à 1958. L'Institut français demeure le centre de ses préoccupations. Paul Guinard se dépense sans compter pour en assurer le rayonnement, tenant à bout de bras son Bulletin durant les treize années de sa publication (1945-1958). Sous sa plume paraissent nombre d'articles souvent excellents. Par ailleurs, il multiplie les expositions sur des sujets français, ou sur des thèmes franco-espagnols : la France et les chemins de Saint-Jacques ; Peintres romantiques français en Espagne ; Mérimée et l'Espagne ; Goya et la France.

La comparaison entre l'art des deux pays est aussi à l'origine de fructueuses synthèses qui verront le jour dans divers recueils collectifs en France et en Espagne. En 1950, il publie en collaboration avec Janine Baticle, une Histoire de la peinture espagnole (Tisné, Paris). Les recherches qu'il avait conduites sur Greco sont à l'origine d'un livre, sensible et profond à la fois, le Greco de la collection Le Goût de notre temps (Skira, Paris, 1956). Enfin, cette période voit lentement mûrir ses deux grands ouvrages, qui constituent ses deux thèses de doctorat : la thèse principale sur Zurbarán et les peintres espagnols de la vie monastique (Éditions du Temps, Paris, 1960) ; la thèse complémentaire Dauzats et Blanchard, peintres de l'Espagne romantique (Presses universitaires de France, Paris, 1967).

Paul Guinard s'est expliqué sur le choix de Zurbarán qui occupa son esprit à partir des années 1940. Il lui était apparu « comme l'incarnation d'une certaine sérénité contemplative, d'une réserve virile dans l'expression des émotions les plus profondes, de ce sens du concret et de ce respect des créatures » que [...]

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Écrit par :

  • : professeur émérite d'histoire de l'art à l'université de Toulouse-Le-Mirail

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Marcel DURLIAT, « GUINARD PAUL - (1895-1976) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-guinard/