DELOUVRIER PAUL (1914-1995)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Haut fonctionnaire réputé pour sa rigueur et son intégrité, modèle accompli du “grand commis”, Paul Delouvrier n'aura tout au long de sa carrière avoué qu'un seul maître : l'État. Son peu de goût pour l'affiliation partisane, le constant souci de préserver sa liberté, un profond attachement aux réalités comme aux “utopies concrètes” l'amenèrent à préférer aux offres qui lui furent successivement faites (en 1947, d'entrer au R.P.F. ; en 1961 et 1972, d'être ministre) les postes de direction où il pouvait efficacement agir.

Né le 25 juin 1914 à Remiremont, dans les Vosges, Delouvrier reçut une éducation religieuse. Il étudie le droit à l'Institut catholique puis entre à Sciences politiques. Attiré par la démocratie chrétienne – mais sans illusion sur l'avenir immédiat de celle-ci dans un monde marqué par la montée des dictatures –, il prépare en 1937 le concours de l'Inspection des finances, auquel il ne se présentera pas, sa vision critique de l'orthodoxie économique augurant mal de l'issue. Une bourse de la fondation Lyautey lui fait connaître l'Afrique du Nord l'année suivante ; il y reviendra dix ans plus tard aux côtés de René Mayer. Mobilisé en 1939, celui qui a déjà son franc-parler avec ses supérieurs participe vaillamment aux opérations du 51e régiment d'infanterie. Après l'armistice et l'appel du 18 juin, il envisage de rejoindre Londres, mais sur le conseil de son père part pour Vichy, où il côtoie les Compagnons de France de Henri Dhavernas.

Paul Delouvrier entre dans la fonction publique en 1941, après avoir été reçu troisième aux épreuves théoriques du concours précédemment abandonné – il sera classé au premier rang lors de la seconde partie, en janvier 1944. Il est alors inspecteur des Finances et se fait déjà remarquer pour son intransigeance. Si la vérification des liasses n'implique nullement pour lui l'adhésion à la “révolution nationale”, on le retrouve cependant à l'école des cadres d'Uriage, où il rencontre Hubert Beuve-Méry et découvre l'œuvre de Teilhard de Chardin. En 1944, l'inspecteur itinérant, depuis longtemps acquis aux objectifs de la Résistance, se met en congé de tournée et contribue, en relation avec Chaban-Delmas, à la création d'un maquis armé à Milly-la-Forêt. Au lendemain de la Libération, c'est le retour à la vie civile et l'entrée dans les cabinets ministériels comme chargé de mission.

Sous la IVe République, Delouvrier figure, en 1947-1948 puis en 1951 et 1953, parmi les fidèles collaborateurs de René Mayer, dont il admire l'intelligence pratique. Il est, à partir de juillet 1948 et pendant plusieurs années, directeur adjoint des Impôts ; en 1955, il sera nommé à la tête de la direction financière de la C.E.C.A. à Luxembourg. Mais la rencontre décisive est celle de Jean Monnet, qu'il a suivi au Plan en janvier 1946. Fasciné par le grand initiateur de la planification qui incarnait à ses yeux l'union de la pensée et de l'action, celui que l'on a surnommé “l'archange de l'inspection des Finances” affronte les problèmes économiques de l'heure et travaille à la préparation des mesures qui permettent le financement du plan, la modernisation de l'équipement, la mise en œuvre du Marché commun. Il reste, au cours de cette période, en retrait de la scène publique ; et les Français n'apprennent son nom qu'avec sa nomination, par le général de Gaulle, comme délégué général du gouvernement en Algérie, en décembre 1958.

On connaît la scène qui s'est déroulée quelques semaines auparavant : “Mon Général, je ne suis pas de taille”, objecte Delouvrier à l'annonce de sa nomination ; “Vous grandirez”, lui est-il répondu. C'est effectivement ce qui se passa, car il se montra à la hauteur des circonstances. Succédant à Salan, il eut à appliquer le plan de Constantine dans la méfiance du commandement militaire, l'incertitude des buts poursuivis par le pouvoir, l'ambiguïté ou la contradiction des consignes. Celui qui avait pour mission d'“être la France en Algérie” s'employa à mettre un terme aux “interrogatoires durs”. Il dut surtout faire face à l'insurrection de la “semaine des barricades” ; et il fut aussi énergique qu'émouvant lors de son discours du 28 janvier 1960 dans lequel il appela les insurgés à se rendre, en laissant aux Algérois “le dépôt le plus sacré qu'un homme puisse avoir : sa femme [Louise van Lith] et ses enfants”.

À l'automne de l'année 1960, Delouvrier devait vivre un drame de conscience particulièrem [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

  • : professeur à l'université de Paris-V-Sorbonne, secrétaire général de L'Année sociologique

Classification

Autres références

«  DELOUVRIER PAUL (1914-1995)  » est également traité dans :

CHALLE MAURICE (1905-1979)

  • Écrit par 
  • Jean PLANCHAIS
  •  • 1 054 mots

Maurice Challe est né le 5 septembre 1905 au Pontet (Vaucluse). À sa sortie de Saint-Cyr, il choisit l'aéronautique. En 1927, il est lieutenant pilote. Il fait une carrière rapide dans les états-majors d'escadre, à la tête de la 2 e  escadrille de la 35 e  escadre, de 1934 à 1936, puis, après son passage à l'École supérieure de guerre aérienne, à l'état-major de la VII e  armée en 1939 et du grand […] Lire la suite

Pour citer l’article

Bernard VALADE, « DELOUVRIER PAUL - (1914-1995) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-delouvrier/