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LA PORTE DU THEIL PAUL DE (1884-1976)

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le général de La Porte du Theil a cinquante-six ans et commande le VIIe corps d'armée. Mais pour cet ancien élève de Polytechnique, qui fut professeur à l'École de guerre puis directeur de l'École d'application de l'artillerie, l'essentiel n'est pas dans cette tâche ; ce sont ses responsabilités de commissaire général des Chantiers de jeunesse dans le gouvernement de Vichy qui marquèrent son destin.

Dans les années 1930, Paul de La Porte du Theil avait été commissaire de la province parisienne des scouts de France. Le 5 juillet 1940, l'état-major lui confia le commandement de tout le contingent appelé en juin, que l'armistice ne permettait plus d'intégrer dans l'armée, soit quelque cinquante mille recrues. Le général de La Porte du Theil va s'employer à la formation des caractères pour lutter contre ce qu'il nomme « l'effroyable décadence du pays ». Il estime qu'il faut « reprendre l'éducation de la masse des jeunes Français [...], la reprendre par un travail bien compris [...] simultanément, dans tous les domaines : physique, technique, intellectuel, artistique, moral ».

Pour accomplir cette tâche, il veut une organisation précise. Les groupements de jeunesse de juillet 1940 deviennent donc, par décret du 1er août, les chantiers de jeunesse et les jeunes démobilisés y sont affectés. Au fil des mois, le général réussit à convaincre les responsables de l'État français que ses chantiers peuvent être un instrument de la Révolution nationale. Aussi, le 18 janvier 1941, une loi institue un stage obligatoire de huit mois dans les chantiers pour tous les jeunes Français âgés de vingt ans. En 1942, le maréchal Pétain félicite le créateur de ces camps où il apprécie l'esprit d'équipe, « signe que nos jeunes ont pu s'évader de l'individualisme qui faisait naguère la faiblesse de la France ».

Rattachés au ministère de la Jeunesse et de la Famille, encadrés, pour l'essentiel, par des militaires, les chantiers forment des équipes d'une vingtaine d'hommes. Dispersés dans les provinces, ils exploitent les forêts pour la production de charbon de bois, de bois de chauffage et de bois de mines.

Cependant, les chantiers de jeunesse ne sont pas de simples camps où s'effectuent des travaux d'utilité publique. Les minorités qui s'y activent devront agir sur « une masse amorphe, uniquement préoccupée de ses aises ». Le commissaire général des Chantiers estime d'ailleurs que le premier terme du triptyque « Travail, Famille, Patrie » relève essentiellement de ses équipes et de ses anciens à qui il conseille d'agir dans toutes les associations possibles. Pour empêcher toute contestation, il développe d'autre part le culte du chef, « revêtu d'un caractère en quelque manière sacré, dépositaire d'une part de l'autorité de l'État, sacrée elle aussi parce qu'elle est le reflet de l'autorité de Dieu ».

Au total, trois cent quatre-vingt mille jeunes gens passèrent dans les chantiers de jeunesse. L'idéologie officielle triompha dans bien des cas mais, dans d'autres, les chantiers furent des lieux de préparation militaire camouflée, notamment en Afrique du Nord, préparation à laquelle pouvait contribuer l'Association des anciens des chantiers (A.D.A.C.).

Après l'occupation de la zone sud et l'institution du service du travail obligatoire, l'existence des chantiers fut mise en cause. Une loi du 14 juin 1944 les supprima ; mais, dès le 4 janvier 1944, le général de La Porte du Theil avait été arrêté par les Allemands qui l'emprisonnèrent sur le territoire du Reich, sous l'inculpation d'avoir voulu s'opposer à leur politique pour l'emploi des jeunes Français. C'est pourquoi, le 18 octobre 1947, la haute cour de[...]

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Écrit par

  • : docteur en études politiques et en histoire, ancien délégué-adjoint aux célébrations nationales (ministère de la Culture et de la Communication)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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