AYLWIN AZÓCAR PATRICIO (1918-2016)

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Premier président du Chili élu démocratiquement le 14 décembre 1989 après la dictature du général Pinochet (1973-1990), Patricio Aylwin Azócar accède au pouvoir le 11 mars 1990. Son élection pour un mandat de quatre ans marque le début de la transition démocratique, laquelle sera assurée par les quatre gouvernements successifs de la Concertation des partis pour la démocratie (Concertación). Cette coalition, qui regroupe divers partis de gauche et du centre, dirigera le pays jusqu’en 2010.

Patricio Aylwin

Photographie : Patricio Aylwin

Le 15 décembre 1989, le président nouvellement élu du Chili, Patricio Aylwin, salue la foule dans le stade de Santiago, qui fut un centre de détention et de torture sous la dictature du général Pinochet. 

Crédits : Daniel Garcia/ AFP

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D’origine irlandaise et basque, Patricio Aylwin naît à Viña del Mar (Chili) le 26 novembre 1918. Inscrit à la faculté de droit de l’université du Chili dès 1936, il obtient en 1943 une licence en sciences juridiques, politiques et sociales. Après avoir prêté le serment d’avocat en 1944, il devient secrétaire de la Commission de la Cour suprême (1945-1948), puis enseignant à l’université du Chili, à l’université catholique et au lycée pour garçons le plus réputé du pays, l’Institut national de Santiago, avant d’accéder, en 1967, au poste de directeur de la faculté de droit de l’université du Chili. Marié à Leonor Oyarzún Ivanovic en 1948, Patricio Aylwin est père de cinq enfants.

Il débute sa carrière politique comme premier président de l’Académie juridique des étudiants en droit (créée en 1939), qui rejoint le Mouvement de la jeunesse pour l’action catholique (Juventud de Acción Católica). Candidat déçu lors des élections locales en 1945, il entre à la Falange Nacional, un parti nationaliste fondé en 1935 qui, en s’unissant avec le parti conservateur social-chrétien, devient en 1957, le Parti démocrate-chrétien (PDC), dont Aylwin prend la tête en 1958. Proche collaborateur du président de la République Eduardo Frei Montalva dès 1964, il entre au Sénat en 1965 et le préside en 1971-1972.

Aylwin s’oppose au gouvernement d’Unité populaire (UP) de Salvador Allende (1970-1973). Favorable dans un premier temps à une sortie de crise pacifique, il rejoint en 1972 la Confédération démocratique (CODE), qui regroupe le PDC et le Parti national (bloc de droite) afin de battre le parti d’Allende aux élections parlementaires de mars 1973. Mais, bien que la CODE remporte une majorité des voix, le nombre de sièges obtenus ne permet pas de destituer Allende. Réélu à la tête du PDC en 1973, Aylwin se prononce alors en faveur d’une intervention des forces armées pour barrer la route à l’installation durable du socialisme au Chili. Il soutient le coup d’État de 1973 et le régime de Pinochet jusqu’en 1976, date à laquelle il abandonne la direction du PDC.

Aylwin devient en 1978 membre du Groupe des 24 (Grupo de Estudios Constitucionales) qui étudie les voies légales d’opposition à la dictature. Dans les années 1980, il prend part à l’Alliance nationale pour la transition à la pleine démocratie qui, en réponse à l’appel du cardinal-archevêque de Santiago Raúl Silva Henríquez, œuvre pour restaurer un régime démocratique au Chili. Il prône le « non » au référendum de 1988 pour la prorogation des pouvoirs de Pinochet.

À nouveau chef du PDC, soutenu par une coalition de dix-sept partis, Aylwin est élu, le 14 décembre 1989, président de la République avec 55,2 p. 100 des voix. Son mandat est marqué par la création, en février 1991, de la Commission nationale de vérité et réconciliation (Commission Rettig) qui enquête sur les crimes commis de 1973 à 1990, et par celle de la Corporation nationale de développement indigène. Sur le plan économique, les mesures prises par le gouvernement favorisent l’ouverture internationale, permettent une forte croissance (près de 7 p. 100 du PIB) et gagnent la confiance des entreprises, inquiètes de la présence de partis de gauche dans la coalition. Dans la lignée du régime dictatorial, le modèle néolibéral est ainsi consolidé.

C’est en outre sous son gouvernement que sont démantelés divers mouvements de gauche et emprisonnés des centaines d’hommes politiques jugés selon les lois martiales de la dictature. En 1998, le témoignage d’Aylwin devant la commission chargée des accusations contre Pinochet – à la suite de l’arrestation de ce dernier à Londres – est décisif dans le rejet de toute action constitutionnelle contre l’ancien dictateur. En effet, bien qu’il soit devenu un adversaire politique du général Pinochet, Patricio Aylwin est un homme précautionneux. Attaché à la légalité de ses actions [...]

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Écrit par :

  • : docteur en histoire, chercheur associée au laboratoire Mondes Américains, École des hautes études en sciences sociales, Paris, membre du Grupo de Estudios Historia y Justicia, Santiago (Chili)

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Pour citer l’article

Aude ARGOUSE, « AYLWIN AZÓCAR PATRICIO - (1918-2016) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/patricio-aylwin-azocar/