ŽUPANČIČ OTON (1876-1949)

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Poète, auteur dramatique, essayiste et traducteur slovène, Oton Župančič (Vinica, 1876 ; Ljubljana, 1949) a publié des recueils de poèmes : Čaša opojnosti (1899 ; Un verre d'ivresse), Čez plan (1904 ; À travers les hauts plateaux), Samogovori (1908 ; Monologues), V zarje Vidove (1920 ; L'Aube de la Saint-Jean), Zimzelen pod snegom (1945 ; Pervenche sous la neige) ; des poésies pour enfants : Pisanice (1900 ; Cahiers), Ciciban (Ciciban), Sto ugank (1915 ; Cent Devinettes) ; des pièces de théâtre : Noč na verne duše (1904 ; La Nuit des âmes liges), Veronika Deseniška (1924 ; Veronika Deseniška) ; de nombreux essais dans les domaines de la littérature et de la linguistique, dont le plus connu est un ouvrage intitulé Ritem in metrum (1917 ; Le Rythme et le mètre). Župančič a été conseiller artistique du Théâtre national slovène de 1912 à 1941.

La poésie de Župančič tourne toujours autour des grands thèmes de l'amour, de la société, du cosmos, de la patrie et de l'art. Un dénominateur commun à ces inspirations si diversifiées est l'obsession de la liberté. Ce ressort essentiel de son inspiration, allié à la haute qualité artistique de l'expression, fait de Župančič le plus grand auteur — avec Ivan Cankar — de la littérature slovène entre 1900 et 1920. Certes, Župančič est un « Européen ». Dans Čaša opojnosti, les thèmes érotiques légèrement décadents sont d'inspiration nettement occidentale. Mais, combinés à la fraîcheur du langage, à la transparence de l'expression, à la gaieté du rythme, ils donnent une œuvre humaine et jeune, dont la double orientation se maintiendra plus tard dans toute l'œuvre, en un complexe enchevêtrement, dominé toutefois par le vitalisme. Dans cette poésie, la femme est une « puissance sublime », une « rose intense », et l'amour, qui investit tout, s'élève jusqu'à « la mélodie des étoiles », en un mouvement tout à la fois dionysiaque et apollinien qui semble plonger le poète tantôt dans l'extase du beau, tantôt dans la peur et dans le dégoût.

Avec Samogovori, Župančič pose la question de la destinée humaine, tant sur le plan cosmique que dans le contexte national ; c'est surtout une poésie de la conscience individuelle : le « fils des empires lointains » se réveille et se libère, il passe du monde individuel à l'univers communautaire, cependant que son éthique personnelle se développe en s'intégrant à la société. Le poème intitulé « Duma » (« La Patrie ») est particulièrement significatif à cet égard : une « voix féminine » et une « voix masculine », complémentaires, expriment la nation et l'humanité tout entière, la fidélité passionnée à la patrie, et son insertion dans les grands courants de la pensée universelle. Là, Župančič se fait accompagner de Whitman, Verhaeren, Jaurès, Le Bon, Marx, Prešeren, Molière, Shakespeare. C'est pourtant un sceptique, cultivant la sérénité, un chercheur inlassable, un obsédé du rythme qui nie le rationalisme — qu'il soit positiviste ou chrétien — et qui se refuse à donner une image mythique du monde. En dépit d'une éthique fondée sur le principe de la relativité, il s'efforce d'opter pour le bien et, rongé par le doute, recherche toutefois « le côté céleste et lointain des choses ». Position qui le classe, en 1941, avec Veš, poet, svoj dolg ? (Poète, connais-tu ton devoir ?) au rang des plus grands esprits européens et yougoslaves acharnés à combattre le fascisme.

C'est que la poésie, pour Župančič, est le plus court chemin qui mène jusqu'à l'autre et aussi jusqu'à soi ; une création aveugle et néanmoins « plus clairvoyante que l'intellect tout entier » (1911). Cette sorte d'extase prophétique de l'esprit n'est pas sans rappeler Bergson, pour qui les normes du rationnel ne pouvaient en aucun cas s'appliquer au spirituel.

Artiste solitaire, Župančič a apprivoisé tous les systèmes poétiques de son temps, partant du principe que le poète a mille et une manières d'appréhender le monde et de le recréer. Extrêmement sensible à l'inquiétude artistique exprimée par l'expressionnisme et le symbolisme européens, il reste très attaché à la patrie, à la poésie populaire slovène, et cultive une musique du vers inspirée tout à la fois de Shakespeare et de Prešeren.

Un poème de Župančič exprime toujours un sentiment ou une pensée lapidaires. Ce qui en fait le charme, c'est un registre tout à la fois tragique et vigoureux, un style subtilement impressionniste, un dosage d'images régionales et cosmiques, dont les détails combinés suggèrent l'infini, dans l'esprit du symbolisme, ou créent des visions dignes de l'expressionnisme. Župančič excelle à tirer du langage de nouvelles nuances conceptuelles, sonores et rythmiques. Le verbe est pour lui matière vivante, et le son n'est rien d'autre que la dimension musicale de l'idée. La volonté dynamique du poète, son sens des situations rythmiques, l'intensité des thèmes servis par la mélodie du vers, une rime sémantique particulièrement riche et une orchestration toujours très sonore font de l'ensemble de cette œuvre une sorte de poème onomatopéique, qui échappe au découpage de l'analyse rhétorique. Il en va de même des poèmes pour enfants, qui constituent un sommet du genre et où l'invention n'a d'égale que la beauté suggestive du rythme et du son, et la richesse des métaphores.

Réformateur de la langue dramatique slovène, Župančič a aussi à son actif plusieurs excellentes traductions de Molière et de Shakespeare.

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Franc ZADRAVEC, « ŽUPANČIČ OTON - (1876-1949) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/oton-zupancic/