KAHN OLIVIER (1942-1999)

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Chimiste français. Olivier Kahn naît à Paris en septembre 1942 dans une famille d'une grande richesse intellectuelle. Son père, Jean, était professeur et philosophe ; son frère aîné, Jean-François, est un journaliste célèbre et son frère cadet, Axel, un généticien renommé, membre correspondant de l'Académie des sciences. Olivier, quant à lui, se tourne rapidement vers la chimie et sort major de l'École nationale supérieure de chimie de Paris en juin 1964. Son début de carrière est classique : thèse de doctorat soutenue à Paris en 1969, attaché puis chargé de recherche au C.N.R.S. de 1964 à 1975. Il est nommé maître de conférences à l'université de Paris-Sud-Orsay en 1975 et devient professeur deux ans plus tard. C'est à ce moment-là qu'il fonde le Laboratoire de spectrochimie des éléments de transition et qu'il se lance résolument dans l'étude du magnétisme moléculaire.

Son travail s'apparente à celui d'un architecte transposé à l'échelle moléculaire. Il prend des ions inorganiques tels que le manganèse, le cobalt, le cuivre que l'on peut considérer comme des briques magnétiques élémentaires contenant un nombre variable d'électrons célibataires à haute énergie – Olivier Kahn parle à leur propos d'électrons nerveux. Ces électrons sont très sensibles aux influences externes. Le jeu consiste à assembler ces ions à l'aide de liens (ligands) organiques choisis de façon à maximiser le couplage entre les électrons célibataires d'ions voisins. Il est ainsi possible de contrôler l'état magnétique global de l'édifice macromoléculaire que l'on construit en empilant ces briques. Cet état peut être détruit par chauffage ou modifié par un champ magnétique.

À titre d'illustration, on notera trois applications de cette technique de construction : les aimants moléculaires, les matériaux magnétiques bistables et les éponges magnétiques. Dans les aimants moléculaires, la majorité des spins des électrons célibataires est orientée dans une même direction. Chaque spin correspondant à un élément d'aimantation, les matériaux de ce type se comportent comme des aimants métalliques ordinaires. Mais, contrairement à eux, ils sont plastiques et susceptibles d'être façonnés. Malheureusement, ils perdent leur aimantation trop facilement pour être utilisables aujourd'hui. Augmenter leur résistance à la température et aux champs magnétiques est le défi qui doit être relevé maintenant.

Dans les matériaux magnétiques bistables, deux états magnétiques différents peuvent coexister à la même température. Un rayonnement, un changement de température ou de pression peut faire basculer le matériau d'un état à l'autre. Si les deux états correspondent à des couleurs différentes, on dispose alors d'une possibilité d'affichage. Des écrans numériques prototypes ont été réalisés sur cette base.

Les éponges magnétiques sont des matériaux qui absorbent et restituent de l'eau de façon réversible. Quand l'éponge est humide, elle est constituée d'unités magnétiques isolées par des molécules d'eau. Quand l'éponge est sèche, les unités magnétiques sont liées les unes aux autres, un ordre magnétique s'instaure et on peut retrouver une aimantation collective.

Tous ces travaux ont fait l'objet de 340 publications et de plusieurs livres. Le plus notable, Molecular Magnetism, est paru en 1993 et fait autorité en ce domaine. La réputation d'Olivier Kahn, traduite par de nombreuses distinctions, dépasse très largement les frontières de l'Hexagone ; il fait partie de la petite dizaine de chimistes français les plus cités et les plus connus dans le monde. Il est élu membre de l'Académie des sciences en 1996.

L'activité scientifique intense d'Olivier Kahn s'est toujours doublée d'une activité pédagogique. Remarquable professeur, son art de l'explication et de la métaphore est fascinant. Il parle de sociologie et de citoyenneté moléculaires. Sa carrière de professeur culmine avec son élection à l'Institut universitaire de France en 1994.

Olivier Kahn a participé à de nombreuses instances d'évaluation de l'activité scientifique et technique en commençant par le Comité national de la recherche scientifique où il a siégé pendant douze ans et en continuant par le Conseil national de la recherche dont il a fait partie à partir de 1998.

Olivier Khan est mort le 8 décembre 1999 à Bordeaux.

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Écrit par :

  • : professeur à l'École polytechnique, directeur de recherche au C.N.R.S.

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Pour citer l’article

François MATHEY, « KAHN OLIVIER - (1942-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/olivier-kahn/