OCHIKUBO MONOGATARI (Xe s.)

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Le Dit de la cave (Ochikubo monogatari) est l'un des plus anciens romans japonais connus. L'auteur et la date en sont inconnus. Antérieur en tout cas au Genji monogatari, qui le cite par allusions, il aurait été composé dans les dernières décennies du xe siècle. La version actuelle serait toutefois le résultat d'un ou de plusieurs remaniements. Le récit part du thème de Cendrillon et de la méchante belle-mère, qui apparaît là pour la première fois au Japon, et qui sera fréquemment repris par la suite. Le conseiller Tadayori a, d'un premier mariage avec une dame de la famille impériale, une fille que sa seconde femme chasse de la maison pour l'obliger à vivre dans une sorte de cave (ochikubo), tandis que ses quatre filles à elle sont l'objet de tous ses soins. Un jeune et beau capitaine de la garde du corps, cousin du prince héritier, vient en secret rendre visite à la belle infortunée, l'enlève et l'épouse. Devenu plus tard Grand Ministre, il s'ingéniera à venger sa femme en persécutant les parents indignes, jusqu'à ce que le conseiller repentant obtienne son pardon ; sans rancune, l'ancienne « Demoiselle de la cave » établira ses demi-sœurs et assurera les vieux jours, non seulement de son père, mais aussi de sa belle-mère.

Le véritable sujet de ce conte étiré aux dimensions d'un roman (environ trois cents pages dans les éditions courantes) est toutefois moins la persécution d'une enfant abandonnée par un père faible aux caprices d'une marâtre, que celle d'une ascension sociale et politique dans un milieu qui, par bien des traits, fait déjà penser au monde clos du Genji monogatari. Les personnages encore stéréotypés n'ont certes point la vérité psychologique des protagonistes du Genji, mais ils acquièrent par moments une certaine densité qui permet de saisir sur le vif l'élaboration d'une technique du récit à mi-chemin entre les esquisses de l'Ise monogatari et les analyses en profondeur du Genji. C'est cela, avec un charme naïf mais non dépourvu d'une certaine rouerie, qui fait de l'Ochikubo, malgré tous ses défauts, péchés de jeunesse d'une littérature qui se cherche, l'une des œuvres capitales des lettres japonaises du Moyen Âge.

—  René SIEFFERT

Écrit par :

  • : professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales

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Pour citer l’article

René SIEFFERT, « OCHIKUBO MONOGATARI (Xe s.) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 mars 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/ochikubo-monogatari/