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TCHERNYCHEVSKI NIKOLAÏ GAVRILOVITCH (1828-1889)

Philosophe, critique et écrivain, le plus connu des « hommes nouveaux » de la société russe. Fils de pope, donc déclassé (raznočinec) puisqu'il est privilégié sans être noble, séminariste puis étudiant pauvre gagné par les idées du socialisme, disciple de Feuerbach, Nikolaï Gavrilovitch Tchernychevski devient l'idéologue des nihilistes des années 1860. Il collabore à Sovremennik (Le Contemporain) et, avec son ami Dobrolioubov, fait de cette revue la tribune des penseurs révolutionnaires (ils y mènent la lutte contre les libéraux). En 1861, son appel clandestin à la révolte des paysans lui vaut d'être arrêté, puis exilé en Sibérie ; il mourra finalement à Saratov, sa ville natale. Sa thèse de doctorat, Les Rapports esthétiques de l'art et de la réalité, expose les principes esthétiques qui influeront fortement sur la pensée marxiste russe : l'art est un reflet du réel et lui est donc inférieur, mais en expliquant la réalité, en indiquant ce qui est beau et bon, il devient un « manuel de vie ». Socialiste utopique, ignorant Marx, il est influencé par Fourier, mais croit en une évolution originale de la Russie par un passage, grâce à la science, de la communauté paysanne à la communauté socialiste. Appliquant ses principes, Tchernychevski écrivit en prison son seul roman Que faire ? (Čto delat' 1863), qui devint la bible de l'intelligentsia progressiste et révolutionnaire. Sous prétexte d'une intrigue qui importe peu et vis-à-vis de laquelle il prend ses distances, Tchernychevski propose un manuel de vie : on y voit exposée et mise en pratique une morale nouvelle, la morale de « l'égoïsme rationnel » (l'homme atteignant le bonheur par la recherche de son intérêt bien compris qui se confond avec celui des autres) ; on y trouve le type du révolutionnaire ascétique tout entier consacré à sa tâche ; Tchernychevski y expose enfin, sous forme d'allégorie, une vision du socialisme futur qui le rend proche des socialistes utopiques : des communautés pour la vie et le travail dans la joie. C'est à cette conception du monde comme à cette morale que s'en prend Dostoïevski dans L'Homme du souterrain et dans Crime et châtiment.

« Elle m'a profondément retourné ; c'est une œuvre qui fournit de l'énergie pour toute la vie », aurait dit Lénine à propos de Que faire ? Il est évident en tout cas que la pensée de Tchernychevski a marqué, par les modèles moraux et littéraires qu'elle propose, la société soviétique.

— Alexis BERELOWITCH

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Écrit par

  • : agrégé de l'Université, maître de conférences à l'université de Paris-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • FOURIÉRISME

    • Écrit par Simone DEBOUT-OLESZKIEWICZ
    • 4 186 mots
    ...et leur peine commuée en travaux forcés – parmi eux Dostoïevski, qui nota plus tard : « Nos socialistes descendent des Petrachevski. » Un autre initié, Tchernychevski, diffusa largement la théorie avec son roman célèbre Que faire ? (1863). En U.R.S.S. subsista un intérêt pour Fourier. E. Volguine a...
  • RÉALISME SOCIALISTE

    • Écrit par John BERGER, Howard DANIEL, Antoine GARRIGUES
    • 3 542 mots
    • 1 média
    ...sociale, qui prônaient la véracité aux dépens de l'esthétisme, et qui avaient tendance à faire de l'artiste une espèce de prophète social. Le roman de Tchernychevski Que faire ? exprime de façon typique cette attitude spontanée et, à l'époque, librement choisie. On s'explique ainsi qu'il fut possible,...
  • RUSSIE (Arts et culture) - La littérature

    • Écrit par Michel AUCOUTURIER, Marie-Christine AUTANT-MATHIEU, Hélène HENRY, Hélène MÉLAT, Georges NIVAT
    • 23 999 mots
    • 7 médias
    ...développement de la presse provoquent une radicalisation de l'opinion, surtout au sein de la jeune génération qui a pour idéologues les critiques Nicolas Tchernychevski (Cernyševskij, 1828-1889), Nicolas Dobrolioubov (Dobroljubov, 1836-1861) et Dmitri Pissarev (1840-1868) : ceux-ci supplantent, notamment...

Voir aussi