MULHOLLAND DRIVE (D. Lynch)

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Comme toutes les œuvres d'importance, Mulholland Drive (2001, prix de la mise en scène au festival de Cannes) engendre son lot de malentendus. Dès sa genèse, le film de David Lynch quitte vite sa route initiale. La compagnie A.B.C. ne donne pas suite au « pilote » réalisé par l'auteur de Twin Peaks, et ce n'est que par l'entremise d'Alain Sarde et de Studio Canal que s'opère sa mue en long métrage. Production française et film américain, Mulholland Drive accomplit une manière de miracle : une esquisse condamnée, considérée comme inutile, renaît de ses cendres pour devenir ce qu'il ne faut pas craindre d'appeler le premier chef-d'œuvre du deuxième siècle du cinéma.

Mais David Lynch fut en quelque façon pris à son propre piège et victime de son image : si le film connut une faveur critique extrême, provoqua un enthousiasme débordant chez les cinéphiles et se révéla être une excellente opération commerciale, le mystère de sa naissance ne manqua pas de se répercuter sur sa réception. Or, tout en convoquant les forces obscures qui habitent et dominent le monde de David Lynch, Mulholland Drive est une œuvre qui tend à la clarté (surtout si on la compare à Lost Highway), et dont l'exigence réclame davantage qu'un vague consentement, fût-il teinté d'hystérie. Placé au centre du dispositif cinématographique, le spectateur y est l'objet de toutes les attentions de la part d'un cinéaste assez diabolique pour imposer un ordre strict à sa fantaisie sensuelle et sensorielle. Il est ainsi désolant de noter que l'accès à l'œuvre fut pour ainsi dire bloqué par son succès même ; elle n'est pas une « bande de Moebius » ouverte à une infinité, voire à une simple dualité, d'interprétations ; elle est surprenante, fondée sur une articulation bouleversante du rêve, du fantasme et de la réalité. Et, même si Mulholland Drive comporte ses zones d'ombre et ne saurait être « traduite » et expliquée en tous points, sa structure est rien moins qu'obscure.

Il s'agit du rêve de rachat d'une agonisante. Le film avance moriendo. Il entretient par là, en so [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'études cinématographiques et d'esthétique à l'université de Paris-Est-Marne-la-Vallée

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Pour citer l’article

Marc CERISUELO, « MULHOLLAND DRIVE (D. Lynch) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 16 février 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/mulholland-drive/