OULD DADDAH MOKTAR (1924-2003)

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Homme d'État mauritanien. Moktar Ould Daddah est né en 1924 dans une famille appartenant à une tribu maraboutique, les Oulad Biri, à Boutilimit, dans le sud-ouest de l'actuelle Mauritanie, alors colonie française. Après avoir reçu une éducation religieuse et suivi des études primaires dans sa ville natale, il devient interprète auprès de l'administration française. Il se rend en France en 1950 et entame des études secondaires, à Nice, et devient le premier bachelier mauritanien. En 1956, il obtient le certificat d'aptitude à la profession d'avocat et revient en Mauritanie. En 1957, Ould Daddah est élu à la vice-présidence du premier Conseil de gouvernement issu de la loi-cadre Deferre. Au référendum du 28 septembre 1958 sur l'adhésion de la Mauritanie à la Communauté française, il fait voter le oui. Principal artisan de l'indépendance de son pays, effective le 28 novembre 1960, il est élu président de la République le 20 août 1961 et sera réélu trois fois : en 1966, 1971 et 1976. Il fut en 1965 l'un des pères fondateurs de l'Organisation de l'unité africaine, dont il assurera la présidence en 1971 et 1972. En 1978, il est renversé par un coup d'État militaire. Emprisonné pendant quinze mois à Oualata, à l'extrémité est du pays, il part ensuite pour un long exil de vingt-trois ans en France. Pendant les décennies 1980 et surtout 1990, il critique, à de multiples reprises, très durement le régime de Maaouya Sid'Ahmed Ould Taya, au pouvoir depuis 1984. En 2001, il négocie avec ce dernier la permission de rentrer au pays contre son engagement de ne pas intervenir dans la vie politique intérieure. Il s'est éteint le 15 octobre 2003. Son décès, précédé de peu par la parution de ses Mémoires, a été l'occasion en Mauritanie de revenir sur le bilan du « père de l'indépendance ».

Moktar Ould Daddah ne croyait pas à la possibilité d'instaurer une démocratie à l'occidentale dans son pays. Il opte rapidement, au contraire, pour une concentration du pouvoir sur la personne du président. La Constitution qu'il impose en 1961 provoque la réaction d'une majorité de parlementaires, qui contestent la tournure de plus en plus autoritaire du régime. Ces opposants sont, à l'exemple de Sidi el Moktar N'Diaye, des chefs et des notables traditionnels qu'inquiète l'émergence d'un pouvoir central. L'année 1965 voit l'institutionnalisation de fait du régime de parti unique, le P.P.M. (Parti du peuple mauritanien), dont Moktar Ould Daddah est le président. Pour ce dernier et l'élite diplômée qui le soutient, le multipartisme risquait de devenir un frein à la construction nationale. Ils étaient en effet persuadés que les différents partis se formeraient inévitablement sur des bases tribale, ethnique ou régionale, nuisant ainsi à la cohésion sociale.

Ould Daddah luttait pour la construction d'un État fort, ce qui impliquait, outre un centralisme administratif poussé, d'importantes créations d'infrastructures et une lutte contre les divisions internes. Par ailleurs, le président se montrait soucieux d'affirmer l'indépendance nationale vis-à-vis des revendications marocaines et du « paternalisme » français. Pour le royaume chérifien, la Mauritanie faisait partie du « grand Maroc ». Rabat ne la reconnaîtra qu'en 1969, après avoir mené contre elle un important lobbying diplomatique et soutenu de multiples tentatives de déstabilisation. Combattant le poids de l'ex-métropole dans son pays, Ould Daddah prendra deux mesures à forte charge symbolique. En 1973, il crée une monnaie nationale, l'ouguiya, pour sortir de la zone franc. En 1974, il nationalise la Miferma (Société des mines de fer de Mauritanie), société aux capitaux français majoritaires qui exploitait les riches mines de fer de la Kedia d'Idjill, pour créer la S.N.I.M. (Société nationale industrielle et minière).

Le conflit du Sahara occidental lui coûtera son poste. Participant aux accords de Madrid de novembre 1975, il convient avec Hassan II de la partition du Sahara occidental, intégrant à la Mauritanie une nouvelle province, le Tiris el-Gharbia. Le Front Polisario s'engage alors dans une guerre fratricide contre la fragile Mauritanie. Le coût du conflit et les sympathies d'une partie des Mauritaniens envers les Sahraouis conduiront la junte à renverser Moktar Ould Daddah le 10 juillet 1978.

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Écrit par :

  • : chercheur à l'Institut des relations internationales et stratégiques, chercheur associé à l'université de Rouen

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MAURITANIE

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Pour citer l’article

Alain ANTIL, « OULD DADDAH MOKTAR - (1924-2003) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/moktar-ould-daddah/