KISLING MOÏSE (1891-1953)

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Moïse Kisling arrive à Paris en 1910, avec pour tout bagage un talent précoce de peintre et un immense amour de la France inculqué par son maître Joseph Pankiewicz, ami personnel de Renoir et de Bonnard. Né en Pologne, à Cracovie, le 22 janvier 1891, dans une modeste famille juive, Moïse Kisling était destiné par son père à une carrière d'ingénieur. Mais à quinze ans il quitte le collège pour l'école des beaux-arts. L'accomplissement de sa vocation ne peut se faire, à ses yeux, qu'à Paris. Là il se lie avec nombre de peintres et de poètes et réside un certain temps au Bateau-Lavoir à Montmartre. Pendant l'été de 1912, il rejoint à Céret ses amis cubistes. Le marchand d'art Basler lui propose alors son premier contrat. La même année Kisling expose au Salon d'automne, où il ne passe pas inaperçu. Son appétit de vivre, son tempérament inventif et puissant, associés à de rocambolesques histoires — en particulier un duel au sabre avec un autre artiste polonais — le font rapidement devenir une figure phare de la vie de Montparnasse.

En 1914, lorsque la guerre éclate, Kisling s'engage dans la légion étrangère. Il y rencontre Blaise Cendrars dont il illustrera l'œuvre Guerre au Luxembourg en 1916. Blessé en 1915, il quitte définitivement le front. Sa valeureuse conduite lui vaudra la nationalité française en 1924.

Dès ses débuts, Kisling a trouvé ses thèmes : les êtres humains — par prédilection la femme — et les fleurs. Dans ses portraits, le regard traité avec minutie exprime souvent la tristesse ou l'angoisse des modèles. Kisling les situe dans leur temps par la coiffure, le maquillage, le vêtement ; il s'attache à créer une atmosphère et à faire ressortir la beauté nouvelle de la femme moderne. Les nus aux grandes formes épurées sont posés sur des tissus ou des divans dont la matière, les couleurs somptueuses ou le dessin raffiné évoquent l'Orient. Le Divan rouge, 1917, est un exemple achevé de la manière de Kisling.

La première grande exposition de Kisling a lieu à Paris, en 1919, à la galerie Druet. Le catalogue est préfacé par André Salmon. Kisling, qui signe de son seul patronyme, épouse en 1917 Joséphine Gros, dite Renée, fille d'un officier supérieur de la garde républicaine de Paris. Enraciné désormais dans la société française comme dans la communauté artistique et culturelle de Paris, Kisling va se partager entre la capitale et la côte provençale où il découvre un thème nouveau, le paysage. Une abondante production de tableaux très structurés, aux couleurs vives — citons Port de Saint-Tropez, 1918, Port de Sanary, 1920 —, caractérise cette période.

Le 3, rue Joseph-Bara, à Montparnasse, où Kisling a installé son appartement et son atelier en 1913, est devenu un haut lieu de la vie parisienne, où se retrouvent peintres connus, poètes et intellectuels : André Salmon, qui compose articles, préfaces, monographies (notamment Kisling, éd. des Chroniques du jour, Paris, 1927), Jean Cocteau, Blaise Cendrars, Pierre Reverdy, Francis Carco, Max Jacob, dont un poème sous verre orne l'atelier, Carl Einstein, poète allemand et théoricien de l'art moderne (il écrivit le premier ouvrage sur Kisling paru en 1922 à Leipzig), Florent Fels, plus tard Colette, Georges Charensol, et d'autres personnalités, françaises et étrangères. Kisling — sa correspondance avec A. Salmon, M. Jacob, C. Einstein, notamment, en témoigne — excellait à nouer des liens entre les artistes, à favoriser les échanges entre les différents domaines de l'art, à diffuser les œuvres et les idées nouvelles. Sa bibliothèque atteste encore la variété et la richesse des œuvres qui lui furent dédiées. Dans cette même rue Joseph-Bara résidaient également Salmon, le peintre Pascin, le marchand de tableaux Zborowski. Modigliani y sera hébergé par Kisling qui lui prête même atelier et modèles. Les deux artistes réalisent plusieurs portraits, huile et dessin, l'un de l'autre.

Portrait de Moïse Kisling, A. Modigliani

Diaporama : Portrait de Moïse Kisling, A. Modigliani

Amadeo MODIGLIANI, Portrait de Moïse Kisling, huile sur toile. Pinacoteca di Brera, Milan. 

Crédits : Erich Lessing/ AKG

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Dès 1938, Kisling sait qu'il figure sur les listes noires des nazis ; son appartement sera effectivement pillé et saccagé en 1940. Il gagne les États-Unis où l'accueille son ami de toujours, le pianiste Arthur Rubinstein. Installé à New York, il continue de peindre (son exposition à Los Angeles en 1942 est présentée par l'acteur Charles Boyer) mais aussi d'aider grâce à la Four Arts Association les artistes restés en France.

En 1946, Kisling rentre en France, retrouve les siens et sa villa La Baie à Sanary. Là, dans le silence d'une grande activité picturale, [...]

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Écrit par :

  • : historienne de l'art, professeur de littérature de langue germanique à l'université de Bourgogne

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Liliane MEFFRE, « KISLING MOÏSE - (1891-1953) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 17 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/moise-kisling/