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MINUIT, Mao Dun Fiche de lecture

Œuvre majeure de Mao Dun (1896-1981), Minuit, publié en 1933, a été salué en son temps comme « le premier roman réaliste réussi de la littérature chinoise » (Qu Qiubai). Fresque illustrant la fatalité de l'écroulement d'un monde et l'irrésistible montée des forces révolutionnaires, cet ouvrage qu'on a pu comparer, par ses dimensions et par le foisonnement de ses personnages, aux grands romans classiques, renferme des aspects contradictoires, où le discours allégorique et moral le dispute à l'analyse objective, et le tragique au souffle épique.

Le naufrage de la bourgeoisie chinoise

L'action de Minuit se situe à Shanghai entre la fin du printemps et le début de l'été de 1930. Le protagoniste du roman, Wu Sunfu, est un entrepreneur dynamique et compétent, mais sa volonté de développer l'industrie nationale de la soie se heurte à une conjoncture défavorable : crise mondiale, concurrence étrangère, conflits armés entre Tchiang Kai-chek et ses rivaux, et surtout manœuvres boursières des capitalistes compradors, alliés au capital étranger. Son principal adversaire, Zhao Botao, parvient à influencer la Bourse grâce à sa collusion avec les forces politico-militaires. Réduit aux abois, Wu Sunfu tente de compenser ses pertes en pressurant les ouvrières, qui lancent une grève rapidement réprimée, et en engageant ses dernières ressources dans la bataille de la spéculation, dont il sort vaincu.

Mao Dun affirme avoir composé son roman selon les méthodes réalistes et naturalistes : patient travail de documentation ; liste de personnages fixée avant le début de la rédaction, de façon à représenter les diverses strates de la société shanghaïenne, des ouvriers aux chefs d'entreprise, en passant par les demi-mondaines ; et surtout ambition démonstrative, la fiction devant servir à illustrer l'échec inévitable de la bourgeoisie nationale face aux puissances impérialistes. Il s'y révèle, comme dans ses nouvelles, particulièrement habile à démonter le tissu social, en faisant apparaître l'interdépendance des divers acteurs économiques. Son projet initial prévoyait ainsi d'englober dans une même étude ville et campagne. S'il a dû restreindre son propos, le lien entre les économies rurale et urbaine est bien mis en évidence dans le roman : la ruine des campagnes, génératrice de soulèvements, fait fuir les capitaux vers la ville, privant en même temps l'industrie de marchés possibles.

Le roman a aussi pour but de montrer les progrès du mouvement révolutionnaire, orchestré par les communistes. Ici, Mao Dun prétend avoir été bridé par la censure. Au reste, il ne connaissait pas bien le milieu des usines, et ses figures d'ouvriers, dépeints uniquement comme des combattants, sont beaucoup moins réussies que ses personnages de bourgeois. Les passages consacrés à la révolte ouvrière sont entachés d'un dogmatisme moral, plus discret dans le reste de l'œuvre où le moralisme, qui s'exprime çà et là par la stigmatisation du « monde de lumière et de plaisir » qu'est la société bourgeoise, parvient cependant à s'effacer derrière l'analyse des déterminismes socio-économiques.

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Écrit par

  • : professeure émérite à l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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