SHEHU MEHMET (1913-1981)

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Dirigeant albanais. Né le 10 janvier 1913, d'origine tosque (ethnie du Sud) comme la plupart des fondateurs du Parti communiste albanais, Mehmet Shehu, après des études à l'American Vocational School de Tirana, avait fréquenté le collège militaire de Naples, d'où il fut exclu pour ses activités politiques. En 1938, il s'engagea dans les Brigades internationales en Espagne et combattit comme officier dans les rangs du 4e bataillon de la brigade italienne Garibaldi. Membre du Parti communiste espagnol, il passa en France après la victoire de Franco et y fut interné de 1939 à 1942. Ayant rejoint les rangs du Parti communiste italien clandestin, il fut remis par le gouvernement de Vichy aux fascistes qui l'expédièrent à Tirana. Faussant compagnie à son escorte, il rejoignit le maquis et le Parti communiste albanais.

Commandant de la 1re brigade de l'Armée de libération nationale dès 1943, Mehmet Shehu organisa notamment la libération de Tirana, le 8 novembre 1944.

Membre du bureau politique à partir de 1948, ministre de l'Intérieur de 1948 à 1954, puis Premier ministre jusqu'à sa mort, principal rédacteur de la nouvelle Constitution de 1975, Mehmet Shehu apparaissait comme le dauphin d'Enver Hodja, premier secrétaire du parti depuis la fondation de celui-ci en novembre 1941. Ou plutôt comme son ombre portée. Par son intégration dans la classe au pouvoir, d'abord, dont il reproduisit intégralement les principaux schémas : l'homogamie socio-professionnelle et l'endogamie de classe. Issu des classes moyennes intellectuelles et commerçantes comme l'ensemble des dirigeants albanais, Mehmet Shehu, à l'instar d'Enver Hodja, a épousé une communiste d'origine bourgeoise, Fiqret Shehu, qui, à la mort de son époux, était député, membre du comité central et directrice de l'école des cadres du parti V. I. Lénine ; quant aux autres membres de la famille, certains se sont vu attribuer des postes de responsabilité dans la police politique.

Dauphin, Mehmet Shehu l'apparaissait, ensuite, par les innombrables services rendus à Enver Hodja pour conforter celui-ci au pouvoir. Né de l'unification de différents groupes, en partie grâce aux soins de deux délégués communistes yougoslaves, le parti albanais avait à l'origine des structures provisoires de cooptation : en novembre 1941, Enver Hodja n'avait que le titre de « secrétaire provisoire du parti ». Aussi, durant la Seconde Guerre mondiale, Mehmet Shehu consacra-t-il une partie de son énergie à asseoir le pouvoir de Enver Hodja en procédant notamment à la liquidation physique des groupes antifascistes et antistaliniens qui avaient refusé de rejoindre les rangs du Parti communiste : Mehmet Shehu s'illustra particulièrement par le sanglant démantèlement des maquis du « Groupe des Jeunes », dans la région de Vlora.

Cet engagement au service de l'orthodoxie stalinienne lui valut de perdre ses responsabilités au comité central en février 1948, quand Belgrade, s'appuyant sur le seul dirigeant ouvrier, Koçi Xoxe, essaya de s'emparer de la direction du parti pour intégrer l'Albanie à la fédération yougoslave.

Sauvé par la rupture de Staline avec Tito, Mehmet Shehu, nommé ministre de l'Intérieur, épura le parti (Xoxe fut fusillé).

Devenu Premier ministre, quand Enver Hodja abandonna cette charge pour se consacrer au parti en 1954, Mehmet Shehu n'en continua pas moins à tremper dans toutes les liquidations physiques des dirigeants proches des capitales avec lesquelles Tirana rompit successivement (Liri Belishova, Koço Tashko et Temo Sejko en 1960 lors de la rupture avec Moscou ; de 1973 à 1975, Fadil Paçrami, Todi Lubonja, Abdyl Kellizi, Kiço Ngjela, Koço Theodosi, Petrit Dume et Beqir Balluku – ministre de la Défense dont il reprit la charge, en 1975 – à la veille de la rupture avec Pékin). Rien ne témoignait en apparence d'éventuelles divergences entre Shehu et Hodja. Certaines rumeurs faisaient état de désaccords sur la collectivisation des derniers lopins libres, à laquelle M. Shehu se serait opposé. Depuis 1954, le rituel était, à chaque congrès, immuable : le rapport triomphaliste de Enver Hodja était suivi de la lecture du « Rapport sur le plan quinquennal » par Mehmet Shehu qui félicitait le premier orateur de sa « direction clairvoyante ».

L'annonce par Radio-Tirana, le 18 décembre 1981, du suicide, au cours d'une « crise [...]

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Éric VIGNE, « SHEHU MEHMET - (1913-1981) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mehmet-shehu/