DEL MONACO MARIO (1915-1982)

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Si le ténor italien Mario Del Monaco a connu une longue et glorieuse carrière sans accidents de parcours, sans scandales ni excentricités, il n'a pas échappé aux incertitudes et aux aspérités d'un métier qui met en jeu la personne de l'artiste, même si celui-ci semble avoir reçu en partage tous les dons du ciel.

Mario Del Monaco s'est éteint le 16 octobre 1982 à Mestre, près de Venise, victime d'une longue et grave maladie contre laquelle il avait lutté avec une farouche énergie. Il était né à Florence le 27 juillet 1915.

Encore enfant, il possède déjà une puissante voix de ténor, phénomène absolument incompatible avec son âge et sa constitution plutôt frêle. Ses parents aiment passionnément la musique —– notamment sa mère, à la très belle voix de soprano–—, mais ils ont la sagesse de ne pas faire de leur fils un enfant prodige. Ils l'autorisent tout juste à chanter dans la chorale de leur paroisse. Après un séjour à Tripoli, la famille s'installe à Pesaro, dont l'école d'art et de musique est réputée par-delà les frontières de l'Italie. Le jeune Mario, qui, entre-temps, a acquis une solide carrure, réussit à convaincre son père de l'inscrire au cours de musique et de chant, mais il doit parallèlement suivre un enseignement de peinture et de sculpture..., au cas où sa carrière de ténor ne serait pas un succès. « Ainsi je commençai à travailler avec mon premier professeur de chant. Elle manqua, de peu, détruire ma voix. Au lieu de m'entraîner convenablement et de m'aider à construire les moyens physiques de ma voix, elle passait son temps à me dire „vous allez exploser, utilisez moins de voix !“ et me faisait travailler des rôles qui ne me convenaient pas. » Il réussit à s'échapper avant qu'il ne soit trop tard.

Peu avant cette rupture, il avait participé à un concert de bienfaisance —– son premier concert public –— et un journaliste local l'avait dépeint comme « un jeune chanteur phénoménal (il avait quatorze ans) qui dans un proche futur pourrait bien devenir un artiste doté d'une voix puissante ». Cette prophétie lui donne le courage de forcer la porte d'Arturo Melocchi, « le seul dépositaire de la vraie technique vocale ». Un maître qui comprend d'emblée comment exploiter un tel gisement vocal. Mais le jeune ténor n'est pas au bout de ses peines. Remarqué par Tullio Serafin au cours d'un spectacle d'étudiants, il se présente, sur son conseil, au concours d'entrée de l'école de chant rattachée au Teatro Reale de Rome. Il y entre brillamment reçu premier, devant quatre-vingts concurrents, mais n'y reste pas longtemps, car son professeur n'a de cesse de détruire ce que Melocchi avait patiemment reconstruit, et cela par excès de prudence. Un jour, fou de rage, Mario jettela partition de La Favorite à la tête de son professeur complètement affolé, puis lui claque la porte au nez. Il ne devait jamais revenir et n'eut désormais pour maîtres que les grands chanteurs du passé, dont il écoutait les disques avec le plus grand soin.

Il fait ses débuts professionnels le 20 mars 1940 au théâtre communal de Cagli dans le rôle de Turiddu (Cavalleria rusticana) et se produit, le 1er janvier 1941, dans Pinkerton (Madame Butterfly) au théâtre Puccini de Milan. Puis viennent la guerre, les obligations militaires interrompues par quelques rares représentations, un répertoire qui lentement s'étoffe et un public qui applaudit bruyamment aux exploits athlétiques de ce jeune et beau chanteur.

En 1946, il connaît ses premiers triomphes dans Aïda aux arènes de Vérone et dans André Chénier à Trieste. La renommée internationale lui vient cette même année, avec sa participation, en compagnie de la troupe du San Carlo de Naples, à une tournée au Covent Garden de Londres dans la Tosca, Paillasse et La Bohème. L'année suivante, il est engagé pour une longue saison à Rio de Janeiro. C'est là qu'il découvre les vertus du magnétophone. À la suite de la défection du titulaire, il apprend en trois jours le rôle de Manrico du Trouvère de Verdi. Consciencieusement, il assimile toutes les notes de la partition mais s'aperçoit à la fin qu'il ne sait rien de l'intrigue, ni de son propre personnage. Pour tenter de s'y retrouver, il a l'idée d'enregistrer tout son rôle d'une seule traite. Il est horrifié de ce qu'il entend. Et, depuis lors, ce juge ne le quitte plus, même en voiture, devenant ainsi tout à la fois son miroir et sa conscience.

Il débute à la Scala dans la Manon Lescaut de Puccini puis, quelques mois plus tard, au Teatro Colón de Buenos Aires, dans Turandot. Sur la scène de ce théâtre, l'année suivante, il chante Otello pour la première des 427 fois qu'il incarnera le Maure (en 1974, il le fut à Bruxelles pour la dernière fois). En 1950, il est aussi Radames à la Scala puis à San Francisco. C'est là que Rudolf Bing, administateur général du Metropolitan Opera de New York, l'entend pour la première fois et que, enthousiasmé par la vaillance de sa voix et sa prestance scénique, il l'engage pour chanter au Met, où il débute le 27 novembre 1950, dans Manon Lescaut.

Mario Del Monaco

Photographie : Mario Del Monaco

Le ténor italien Mario Del Monaco (1915-1982) et la soprano bulgare Raina Kabaiwanska, respectivement Otello et Desdémone dans Otello, opéra du compositeur italien Giuseppe Verdi (1813-1901), au Covent Garden de Londres, en 1962. 

Crédits : Ron Case/ Hulton Archive/ Getty Images

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Dès lors, sa vie de super-star du chant se partage entre les grandes scènes de différents continents et les studios d'enregistrement. Il ne chante pas moins de 141 fois dans la troupe du Met ; à l'Opéra de Paris, il est Otello en 1954, Samson et Don José en 1960. Son succès est immense en Union soviétique, où il reçoit —– suprême honneur pour un artiste étranger –— l'ordre de Lénine. Il participe à tous les événements lyriques.

En 1975, une grave affection des reins l'oblige à interrompre une carrière généreusement remplie, qui avait laissé intactes la beauté et l'ampleur de sa voix. Il consacre alors ce qui lui reste de forces à enseigner, à conseiller, à aider...

Mario Del Monaco adorait son métier. Acteur plein de fougue, il terrorisait ses partenaires dans les scènes de violence. Égocentrique mais généreux, irritable mais sans rancune, il était un professionnel accompli et un ami fidèle. Il veillait jalousement à la distance à laquelle on le plaçait d'un micro, mais savait s'effacer devant une partenaire méritante pour le salut devant le rideau.

La discographie de Mario Del Monaco est particulièrement importante. En effet, outre les récitals d'airs d'opéras ou de chants populaires et les « pris sur le vif » (dont les fameux Aïda à Mexico le 3 juillet 1951, avec Maria Callas, Oralia Dominguez et Giuseppe Taddei, et Ernani au Meth le 29 décembre 1956, avec Zinka Milanov, Leonard Warren et Cesare Siepi) [...]

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Jean ZIEGLER, « DEL MONACO MARIO - (1915-1982) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/mario-del-monaco/