BLAIS MARIE-CLAIRE (1939- )

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Le roman des anges déchus

Les personnages de Marie-Claire Blais ne souffrent pas seulement d’un mal de vivre ; ils évoluent à rebours d’une société conformiste et hostile aux marginaux de toutes sortes. Cette constante est propre notamment à la trilogie formée par Manuscrits de Pauline Archange (1968), Vivre ! Vivre ! (1969) et Les Apparences (1970). Et si l’auteure assume le titre de romancière, elle n’en reste pas moins attachée à la fonction poétique du langage, comme en témoigne le symbolisme d’Une liaison parisienne (1975). Cette année de publication marque en outre son retour dans « la belle province », avec un ancrage à Montréal. Elle fait d’ailleurs de la ville des jeux Olympiques de 1976 le cadre d’une nouvelle trilogie engagée avec Les Nuits de l’Underground (1978), prolongée par deux nouvelles œuvres primées : Le Sourd dans la ville (1979, prix littéraire du Gouverneur général) et Visions d’Anna (1982, prix Anaïs-Segalas, décerné par l’Académie française). Sans jamais désespérer de l’humain, Marie-Claire Blais rassemble dans ses récits poétiques les lambeaux de l’homme moderne, en proie à la tentation de la chute et du vide, une fois le temps de l’enfance sauvage révolu. Cette poétique assumée trouve son plein épanouissement aussi bien dans Pierre (1986) que dans L’Ange de la solitude (1989).

Parce qu’elle aime alterner les climats, Marie-Claire Blais choisit de mener une double vie entre son Québec natal et Key West, en Floride. Curieuse de la singularité de chacun, elle fait le pari d’embrasser l’humanité jusque dans son destin postmoderne, en choisissant comme point d’ancrage de l’ambitieux cycle romanesque qu’elle va mener à bien une île située au beau milieu de la mer des Caraïbes. Car « chaque être humain a droit à sa voix ». Soifs (1995) ouvre sa « trilogie des temps modernes » en brassant une multiplicité de vies écorchées. Ce récit en une seule phrase tient à la force du rythme et des images. Toutefois, l’immense projet blaisien, qui compte près de deux cents personnages de toutes provenances, va déborder son cadre initial. Basculant dans le troi [...]


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Écrit par :

  • : maître de conférences, habilité à diriger des recherches, formateur en lettres à l'École supérieure du professorat et de l'éducation, Paris-Sorbonne

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Pour citer l’article

Antony SORON, « BLAIS MARIE-CLAIRE (1939- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/marie-claire-blais/