MACADAM

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L’évidence trompeuse avec laquelle est utilisé dans le langage courant le terme « macadam » pour désigner le revêtement des routes constitue un abus de langage manifeste et masque la mise au point progressive et complexe d’une invention décisive survenue au début du xixe siècle dans le but de faciliter le roulement sur les chaussées.

Le macadam était initialement une technique révolutionnaire d’empierrement des chaussées par concassage des pierres, ce qui représenta un progrès sensible par rapport aux modes de pavement essentiellement utilisés auparavant. Cette invention, certes disputée par rapport aux techniques mises au point antérieurement par les ingénieurs français Jean-Rodolphe Perronet (1708-1794) et Pierre Marie Jérôme Trésaguet (1717-1796), est cependant attribuée avec de sérieuses raisons à l’ingénieur écossais John Loudon McAdam (1756-1836), qui lui a donné son nom. Ce dernier, dont le portrait figure en bonne place au British Museum à Londres, peut être rattaché aux « Lumières écossaises » qui, avec David Hume (1711-1776) en philosophie et Adam Smith (1723-1790) en économie politique, ainsi que Thomas Telford (1757-1834), autre ingénieur civil écossais grand constructeur de routes, ponts et canaux, ont participé à l’essor industriel du Royaume-Uni.

Rouleau-compresseur

Photographie : Rouleau-compresseur

Si les engins de chantiers ont certes évolué (ici rouleau-compresseur contemporain), le travail préparatoire concernant l'empierrement des chaussées reste fondé sur une technique ancienne datant de 1815. Celle-ci, appelée macadam, consiste à superposer des couches d'empierrement de... 

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Né à Ayr dans une famille de dix enfants, John Loudon McAdam fut envoyé à l’âge de quatorze ans aux États-Unis pour y commercer au côté de son oncle. Devenu premier trésorier de la Chambre de commerce de New York, il perdit sa fortune avec la révolution américaine et rentra en Écosse en 1783. Il s’établit ensuite à Bristol (Angleterre), devint administrateur des routes à péages de sa région puis, avec ses trois fils, s’investit dans la construction de routes à grande circulation.

Les premiers essais attestés de « macadamisation » eurent lieu en 1815 et 1816. Ils furent rapidement théorisés par McAdam dans un livret intitulé Remarks (or Observations) on the Present System of Roadmaking dont neuf éditions mises à jour sont parues entre 1816 et 1827 – puis dans un traité intitulé A Practical Essay on the Scientific Repair and Preservation of Public Roads publié en 1819. Son savoir-faire, qu’il fut adroit à faire savoir, consistait à créer au sol une masse cohérente, destinée à assurer un roulage toujours plus intense et plus lourd. Cette masse était obtenue à partir de couches successives de matériaux de granulométrie différente, du plus gros en profondeur au plus fin et plus compact en surface. Le gain obtenu en efficacité pour le drainage des eaux de ruissellement et la stabilisation des bandes de roulement explique que ce principe soit encore utilisé aujourd’hui dans les techniques de construction routière.

Ainsi augmentées avec cette technique d’empierrement, les capacités de résistance des routes furent estimées à 18 kilogrammes par millimètre de contact, soit deux fois plus que la capacité du pavement de type Telford en vigueur auparavant. Les effets de cette invention révolutionnaire sur le développement de la mobilité furent immédiats et l’on estime à environ 15 kilomètres par heure la vitesse moyenne atteinte par la Poste royale sur les routes britanniques alors qu’à cette période, elle n’atteignait pas les 10 kilomètres par heure sur le continent. Standardisées, ces routes devenaient également plus efficaces et plus faciles à entretenir, avec des matériels adaptés comme les rouleaux compresseurs.

L’invention de McAdam se déploya rapidement en Europe, en Australie, en Russie et aux États-Unis. En France, le puissant corps des Ponts et Chaussées, dont la doctrine routière s’était notamment constituée autour des théories et pratiques de Perronet et de Trésaguet, adopta le principe de ce système à quelques variantes près dans l’épaisseur choisie pour le macadam. Ce fut Claude Louis Marie Henri Navier (1785-1836), qui s’était rendu en Angleterre en 1821 et 1823, qui en recommanda l’importation. Son adoption se généralisa à partir des années 1850, venant remplacer la technique des ingénieurs français.

Sous la pression du trafic automobile, les routes évoluèrent au début du xxe siècle avec la mise en place au-dessus de ce macadam d’un revêtement utilisant des liants bitumineux. Ces derniers permettaient de renforcer encore l’agrégation des matériaux et surtout de lutter contre les poussières qui se dégageaient lors du passage des véhicules. Tarmacadam (ou goudronnage du macadam), puis asphalte (mélange de bitume et de granulats) ont par la suite continuellement assuré l’amélioration des techniques routières de plus en plus sophistiquées. Aujourd’hui, on utilise toujours le terme macadam pour désigner les chaussées mais à tort puisque celui-ci ne correspond en fait qu’au sous-bassement des routes.

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Pour citer l’article

Mathieu FLONNEAU, « MACADAM », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/macadam/