LES LETTRES PERSANES (Montesquieu)Fiche de lecture

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Jeux de pouvoir

L'apparent désordre des lettres qui passent ainsi du débat théologique à l'intimité des femmes esseulées repose sur un jeu de métaphores. Le sérail, constitué pour le plaisir du maître absent qui en confie la garde à son double inversé, l'eunuque, devient l'image du royaume dont le pouvoir est aux mains d'un roi trop vieux (Louis XIV) ou trop jeune (Louis XV). L'Orient, caractérisé par le régime politique despotique et son principe, la terreur, devient l'image d'une monarchie occidentale qui prétend se fonder sur l'honneur et le respect des corps intermédiaires entre le roi et le peuple (l'aristocratie, les parlements). L'islam offre au christianisme un reflet caricatural de ses dogmes absurdes et de ses institutions contraires à l'utilité sociale. Usbek et Rica eux-mêmes, qui prétendent voyager par goût du savoir, se sont mis en route pour la France afin d'échapper à une révolution de palais à Ispahan. Le roman semble inexorablement emporté par une dérive despotique qui sape la monarchie française, et par une dérive passionnelle qui rend inacceptable l'enfermement absurde dans un sérail inutile. Mais l'éclatement du roman en lettres diverses, l'atomisation du débat en discussions parcellaires empêchent l'œuvre de déboucher sur une conclusion univoque.

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Écrit par :

  • : professeur de littérature française à l'université de Paris-IV-Sorbonne

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Pour citer l’article

Michel DELON, « LES LETTRES PERSANES (Montesquieu) - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-lettres-persanes/