LES CAHIERS DESSINÉS (exposition)

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Hors convention

Lorsque le dessin adopte le langage de la rupture, les artistes posent plus clairement le problème de l’altérité. Restés hors des codes de l’art traditionnel, ils ont souvent dessiné sur le tard. Ils furent parfois des initiés au spiritisme, comme Laure Pigeon ou Rafael Lonné. Nouveau venu dans cet espace, Marcel Bascoulard (1913-1978), un autodidacte clochard, souvent vêtu en femme, donne des œuvres qui décrivent Bourges, sa ville sans cesse arpentée, avec une précision graphique étonnante. Enfin, de la fragile Unica Zürn, compagne de Hans Bellmer et proche du milieu surréaliste, sont exposées des dentelles graphiques arachnéennes, travaillées comme ses anagrammes.

Un dernier ensemble rassemble des artistes de la contre-culture, des personnalités excentriques dont l’arme est le rire, mais qui se situent à distance du dessin de presse politique le plus récent. Un parcours passionnant commence avec des gravures sur bois de Félix Vallotton (1865-1925), dont L’Assassinat (1893) qui rappelle le numéro de L’Assiette au beurre qu’il réalisa en mars 1902. Suivent les grandes figures de l’humour graphique des années 1950-1960 : Chaval (1915-1968), le maître de l’humour absurde ; Bosc (1924-1973), qui se joue des conventions jusque dans le dessin représentant des enterrements enchevêtrés, gravé à sa demande sur sa tombe après son suicide ; Siné, inimitable dans l’anticléricalisme primaire ; Sempé, avec des planches en grand format dont l’insolite fait naître le sourire. De Tomi Ungerer, fantastique dessinateur satirique, particulièrement féroce dans ses années new-yorkaises, sont exposés des dessins publiés dans Carnets secrets (1964). Tetsu (1913-2008) surprend avec d’étranges images de couples en lavis. De Gébé (1929-2004), pilier de Hara Kiri, spécialiste du pas de côté et réalisateur de l’utopique L’An 01, des planches de son indéfinissable personnage, Berck, convoquent toujours un imaginaire inouï. Copi (1939-1987) et sa dame assise, vedette du Nouvel Observateur entre 1964 et 1974, confirme son pouvoir incongru. Trop rarement évoqué, Pierre Fournier (1937-1973), dessinateur militant de la cause écologique avec son journal La Gueule ouverte, traduit par ses collages un climat social apocalyptique. Autrement célèbres pour une critique sociale non moins violente des individus, Jean-Marc Reiser (1941-1983) côtoie Willem, lequel occupe une place centrale dans le dessin de presse satirique français actuel. D’autres encore comme Philippe Vuillemin, Kamagurka, Muzo, défient graphiquement les codes de la respectabilité comme ceux de la raison. Dans la dérision au quotidien figure Noyau, tandis qu’avec El Roto, dessinateur à El País, ou Mix et Remix, la lecture du monde au prisme du gag devient politique.

« L’art doit toujours un peu faire rire et un peu faire peur » écrivait Jean Dubuffet en 1946, dans son « Avant-projet d’une conférence populaire sur la peinture ». Les dessins présentés dans cette exposition relèvent totalement de cette proposition.

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Nelly FEUERHAHN, « LES CAHIERS DESSINÉS (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-cahiers-dessines-exposition/