MISONNE LÉONARD (1870-1943)

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Le photographe belge le plus connu sur la scène internationale n'a jamais, paradoxalement, quitté la petite ville de Gilly, près de Charleroi, où il est né et où il mourut. Après des études d'ingénieur à l'université de Louvain, il vécut de ses rentes, s'adonnant à sa passion de la photographie. En 1896, il devint membre de l'Association Belge de Photographie, importante société de photographes amateurs qui connaissait depuis quelques années un essor remarquable et bénéficiait d'une réputation solide auprès des sociétés étrangères. Par la rigueur de son travail et la qualité de ses épreuves, Misonne devint dès 1900 l'un des chefs de file d'un mouvement international, l'école de la photographie artistique, que l'histoire de la photographie a retenu sous le nom de pictorialisme. Ce mouvement défendait l'idée, nouvelle à l'époque, que la photographie devait figurer parmi les beaux-arts et qu'une image photographique devait être conçue, réalisée, exposée et enfin vue et critiquée à partir des mêmes critères et avec les mêmes références que les autres arts plastiques. La photographie moderniste du xxe siècle hérita de cette idée. Cependant, quelques représentants du pictorialisme, certains parmi les plus illustres, comme le Français R. Demachy ou l'Américain E. Steichen, ne surent pas imposer de limites au mouvement et pratiquèrent une photographie imitant les arts picturaux jusque dans leur facture. Utilisant des procédés de tirage qui facilitaient l'intervention manuelle (tirages au charbon, à la gomme bichromatée, à l'huile), ils produisirent des images de plus en plus dénuées de tout caractère photographique. Misonne aussi usait de ces techniques et n'hésitait pas à jouer de la gomme et du pinceau pour donner à ses épreuves tout le « cachet » d'un tableau. Cependant, il se gardait de toute position extrémiste et n'a, en définitive, jamais renié la spécificité de l'art qu'il pratiquait. Il concevait celle-ci dans ce qui fait exister la photographie : la lumière. « Le sujet n'est rien, la lumière est tout », disait-il, rappelant que seule la lumière fait apparaître les objets et leurs couleurs. Il ne ressentait pas le besoin de parcourir le monde ni de rechercher les situations ou les événements notables qui fassent l'objet d'une image. Ses sujets, des paysages principalement, il les découvrait au cours de longues randonnées, en vélo, sillonnant la campagne entre la Sambre et la Meuse. Il aimait la lumière du matin, qu'il photographiait à contre-jour car c'est une lumière à la fois vive et diffuse, tamisée par les brumes. Pour Misonne, la lumière est indissociable de l'atmosphère, c'est-à-dire de cette qualité particulière de l'air, à l'aube ou au crépuscule, de l'air mouillé de pluie, de brouillard ou de neige, ou encore, en été, de l'air appesanti de poussière. L'atmosphère d'un paysage permet en effet de faire apparaître la lumière tout en estompant sa trop grande vivacité qui risquerait de découvrir une multitude de détails inutiles. Il est faux de définir l'école pictorialiste comme l'« école du flou », même si la polémique entre partisans de l'image floue et les incorruptibles de l'image nette réapparaissait dans tous les débats, lors des réunions des associations et surtout dans les nombreux textes publiés par les bulletins des sociétés d'amateurs. Misonne tenait une position intermédiaire, en fait parfaitement représentative de ce que le pictorialisme a pu produire de meilleur. Il ne refusait pas l'usage des objectifs anastigmats, donnant une image nette en tous ses points. Mais il tempérait l'excès de netteté par une utilisation subtile de l'atmosphère qui voile les parties secondaires de l'image et donc simplifie la composition générale. Dans l'histoire de la photographie, les pictorialistes — et Misonne en particulier — sont les premiers à remettre fondamentalement en question cette idée que la photographie a pour fonction exclusive la représentation du réel. Quelques années avant que n'éclose le mouvement, on pouvait affirmer que le réel, dans sa totalité, était conquis par la photographie, jusque dans ses parties les plus invisibles, comme la percussion d'une balle de fusil à la vitesse de 500 mètres à la seconde, photographiée par Mach et Solcher en 1886. Misonne et ses contemporains, nourris des théories du photographe anglais Peter Henry Emerson, osent soutenir que le réel n'est plus ce qui se sait, mais ce qui se voit, dans les limites connues de la vision humaine. La représentation du réel passe d'abord par la création d'une image, régie par des règles élémentaires de composition et de cadrage, de perspective, de contraste et de tonalités, règles dont se réclamaient Corot et les peintres de l'école de Barbizon avec lesquels Misonne ne cachait pas ses affinités (on a dit de lui qu'il était le « Corot de la photographie »). Après la Première Guerre mondiale, Misonne persévéra sur le chemin qu'il s'était tracé et ne comprit pas que la photographie poussait encore plus loin la recherche de ses propres potentialités créatrices, jusqu'à se forger un langage qui ne devait plus rien à la peinture. Conduits par Pierre Dubreuil, les photographes modernistes belges attaquèrent les théories de Misonne, n'oubliant pas, pourtant, mais sans toujours le reconnaître, les leçons qu'ils avaient héritées du maître de la lumière.

Par son Introduction à l'œuvre photographique de Léonard Misonne (Auderghem, 1971), Maurice Misonne a entrepris de faire connaître l'œuvre du photographe, aujourd'hui dispersée dans plusieurs collections privées et les musées internationaux. Une série remarquable de tirages originaux figure notamment dans les collections du Provinciaal Museum voor Fotografie (Anvers).

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Écrit par :

  • : professeur de communication à l'Institut supérieur des sciences sociales et pédagogiques de Marcinelle, Belgique, chargé de cours à l'université de Liège

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MARISSIAUX GUSTAVE (1872-1929)

  • Écrit par 
  • Marc-Emmanuel MÉLON
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Né à Marles (Pas-de-Calais), Marissiaux s'installe à Liège, en 1899, comme photographe professionnel. Depuis cinq ans, il travaille comme photographe amateur et a acquis une certaine réputation auprès de ses confrères de l'Association Belge de Photographie, la plus importante association de photographes du pays. En 1902, Marissiaux devient le représentant le plus coté sur les cimaises internationa […] Lire la suite

Pour citer l’article

Marc-Emmanuel MÉLON, « MISONNE LÉONARD - (1870-1943) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/leonard-misonne/