SILLON LE

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Contemporain des troubles dus à la politique anticléricale qui aboutira à la loi de séparation des Églises et de l'État, Le Sillon s'inspire des enseignements de l'encyclique Rerum novarum et de la politique dite du ralliement, qui marqua le pontificat de Léon XIII. C'est le porte-parole d'une démocratie chrétienne qui entend politiquement et socialement affirmer la présence de l'Église aux problèmes du siècle naissant. Il s'agit de définir une politique dont l'humanisme est d'autant plus au service de tous qu'il est aussi une spiritualité.

C'est en 1894 que Paul Renaudin et Augustin Léger avaient fondé une revue, Le Sillon, bientôt rejoints par leur camarade Marc Sangnier ; mais ce n'est qu'en 1902 que, sous l'impulsion de ce dernier, la publication étend son influence et suscite de nombreux cercles d'études où se propage la doctrine de Sangnier. Directement inspirées de la revue mère, de nombreuses publications se répandent par tout le pays, et l'on compte, assez vite, quatorze suppléments régionaux. Ce n'est pas un raz de marée, c'est déjà une vague qui répond à une attente.

Considéré comme un écho à l'encyclique, Le Sillon reçoit un accueil favorable des milieux ecclésiastiques ; mais, dès 1904, certains évêques ne cachent pas leur désapprobation et reprochent à la revue l'orientation par trop moderniste que lui donne son directeur. En 1907, les critiques se font plus fréquentes et les réserves plus nettes. Ce n'est pas une condamnation mais déjà une sérieuse mise en garde. Les griefs ne manquent pas, jusqu'à celui d'engager les lecteurs dans une voie où l'orthodoxie elle-même n'est plus respectée. Sans éclat à son début, la lutte est engagée. L'Église s'inquiète de l'intrusion, par le truchement d'une presse qu'elle a d'abord bien reçue, de thèses dont les parentés avec le socialisme sont évidentes. En fait, on reproche à Sangnier ce qui est pour lui le trait essentiel du mouvement : « Le Sillon, écrit-il en 1905 dans La Croix, a pour but de réaliser en France la république démocratique. Ce n'est donc pas un mouvement catholique, en ce sens que ce n'est pas une œuvre dont le but particulier est de se mettre à la disposition des évêques et des curés pour les aider dans leur ministère propre. Le Sillon est donc un mouvement laïque, ce qui n'empêche pas qu'il soit aussi un mouvement profondément religieux. » En fait, pour le Sillon, la seule démocratie réelle sera ipso facto chrétienne, la seule position politique véritablement chrétienne est absolument démocratique. Pour Sangnier, « Jésus seul a fondé, lui seul maintient le principe démocratique. Il ne saurait donc y avoir de démocratie contre le christianisme. » Sangnier se recommande d'ailleurs explicitement des auteurs de la Déclaration des droits de l'homme et des patriotes de 92. Il s'agit de tempérer ce qui, pour une large majorité de l'épiscopat, prend les aspects d'un extrémisme capable de bouleverser l'ordre établi tant à l'intérieur de l'Église que dans sa conception des rapports sociaux entre les individus. Mais, à se politiser, le conflit se développe de telle façon qu'un compromis s'avère impossible. Pour l'autorité ecclésiastique, deux solutions existent : plus ou moins tacitement entériner les propos socialisants (et les propositions sociales) du Sillon, ou trancher le débat par un acte d'autorité plaçant la revue dans le choix entre la soumission par une correction de ses thèses ou la poursuite de son œuvre contre l'avis de l'Église. L'acte d'autorité est la solution choisie. En 1910, par une lettre particulièrement sévère (dont on ne sait pas encore s'il en est vraiment l'auteur ou seulement le signataire), Pie X condamne le Sillon. La doctrine du Sillon est contraire à l'enseignement de Léon XIII et particulièrement « en ce qu'elle place l'autorité dans le peuple ou la supprime à peu près, et prend comme idéal à réaliser le nivellement des classes ». Bien plus, selon Rome, « le souffle de la révolution a passé par là », ce qui se déduit aux yeux de la hiérarchie du fait que le catholicisme du Sillon « ne s'accommode que de la forme de gouvernement démocratique qu'il estime être le plus favorable à l'Église et se confondre pour ainsi dire avec elle ». Sangnier, respectueux de la décision pontificale, dissout le mouvement et arrête la publication. Par la suite, il devait fonder un nouveau Sillon catholique, dont les activités furent durables. Les « démocrates populaires » et la Jeune République furent d'autres mouvements actifs de la démocratie chrétienne qui durent beaucoup aux tentatives de Sangnier pour concilier l'exigence démocratique et l'orthodoxie romaine.

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Pierre-Robert LECLERCQ, « SILLON LE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/le-sillon/