LE JEU DES OMBRES (mise en scène J. Bellorini)

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L’espace aux ombres

La scénographie de Jean Bellorini et Véronique Chazal nous montre un paysage infernal inquiétant. À la fois salle d’attente de la mort et coulisses de théâtre, l’espace oscille entre harmonie et chaos. Les pianos brisés sur la scène sont là comme autant de décombres d’une vie dévastée, carcasses d’instruments désaccordés gisants en déséquilibre et utilisés à contre-emploi, accessoires de bois verni scintillant sous les lumières des Enfers jusqu’à l’apparition de flammes depuis un rail jeté sur le plateau. Le monde prend feu et la foule des âmes en peine en célèbre les vertus, racontant ce qu’être au monde signifie, une prise de conscience collective qu’un air d’accordéon et un petit orchestre accompagnent de leur rengaine, au cours d’une fête de morts-vivants sans illusions.

Musiciens, acteurs et chanteurs forment un élégant ballet chorégraphié par Thierry Thieû Niang, sous la direction musicale de Sébastien Trouvé. Dix-huit interprètes, des silhouettes gracieuses ou burlesques que rehaussent les costumes de conte de fées de Macha Makeïeff. Manteaux colorés sur robes claires pour la chanteuse lyrique Aliénor Feix et pour Karyll Elgrichi, Eurydice mi-réelle et mi-onirique. On retrouve la voix d’Ulrich Verdoni, issu de la Troupe éphémère créée par Jean Bellorini quand il dirigeait le Théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, les facéties de Clara Mayer et Liza Alegria Ndikita, la joute verbale effrénée, débordant de formules absurdes et loufoques, des joyeux drilles aux habits bigarrés du duo comique Jacques Hadjaje et Mathieu Delmonté.

Quant à Orphée, il se fait passeur paisible, circulant d’un monde à l’autre, des fantômes aux revenants : François Deblock est cet artiste dubitatif, figure dégingandée et clownesque prise entre interrogation et distance. S’il s’est retourné vers Eurydice, c’est qu’il a pris le risque de vivre sa passion pleinement – amour, désir et éternité. Le discoureur Marc Plas adresse à la salle sa propre vision du monde, égrenant en vrac une liste hallucinante des définitions possibles de Dieu, Pascal, Nietzsche, Voltaire, Cohen, Duras, Yourcenar, Gainsbourg, Barbara, Novarina… Et quand la parole ne suffit plus, la musique s’approprie le temps et ses blessures pour les chanter et les apaiser.

Le Jeu des ombres se fait quête d’immortalité à travers l’art du théâtre et de la langue déclamée. Y trouvent toute leur place l’engagement des corps, le souffle des interprètes, la maîtrise des chants, les vibrations chorales conjuguées aux oscillations et silences de la pensée.

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Véronique HOTTE, « LE JEU DES OMBRES (mise en scène J. Bellorini) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 novembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/le-jeu-des-ombres-mise-en-scene-j-bellorini/