LAKE PLACID (JEUX OLYMPIQUES DE) [1932]Contexte, organisation, bilan

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le 10 avril 1929, lors de sa vingt-septième session de Lausanne, le C.I.O. attribuait, à l'unanimité des votants, l'organisation des IIIes jeux Olympiques d'hiver à la ville de Lake Placid (État de New York). Six ans plus tôt, les Jeux d'été de 1932 avaient été confiés à Los Angeles. Selon la règle non écrite fixée par le C.I.O. qui veut que Jeux d'été et Jeux d'hiver aient lieu dans le même pays, il semblait acquis que ces IIIes Jeux d'hiver se dérouleraient aux États-Unis. Outre Lake Placid, Yosemite Valley, Lake Tahoe, Bear Moutain, Duluth, Minneapolis et Denver firent acte de candidature. En outre – puisque le C.I.O. avait dû déroger à sa propre règle pour les Jeux d'hiver de 1928 –, Montréal et même Oslo tentèrent leur chance. Il n'est pas inutile de rappeler que la candidature de Lake Placid ne fut pas totalement spontanée. En effet, en 1927, un membre du Comité olympique américain demanda aux édiles de cette ville de quatre mille âmes si Lake Placid, alors « capitale » américaine des sports de glace, souhaitait organiser les Jeux d'hiver de 1932. La majorité d'entre eux, n'y voyant pas grand intérêt, lui adressèrent un refus poli. Un seul homme, Godfrey Dewey, se montra enthousiasmé par le projet. Il se rendit dans les plus prestigieuses stations de sports d'hiver des Alpes, prit moult renseignements, réussit, en mars 1928, à convaincre les représentants de la ville de la viabilité du projet olympique, puis présenta brillamment le dossier aux membres du C.I.O., séduits.

Hélas ! la Grande Dépression se fait durement sentir et les organisateurs sont confrontés aux difficultés économiques. L'État de New York injecte bien 500 000 dollars, mais ces Jeux ne doivent leur survie qu'au mécénat. Ainsi, Godfrey Dewey, bien évidemment nommé président du comité d'organisation, fait don d'un terrain appartenant à sa famille pour que la piste de bobsleigh puisse être construite. La réalisation de cette piste de bobsleigh engloutit néanmoins 247 000 dollars.

Les Jeux d'hiver se déroulent donc pour la première fois dans le Nouveau Monde. Mais le lointain voyage décourage nombre de concurrents européens, qui ne traversent pas l'Atlantique. De ce fait, seulement deux cent cinquante-deux sportifs et sportives, représentant dix-sept pays (alors que Lake Placid avait envoyé une invitation à soixante-cinq pays), participent aux quatorze épreuves d'un programme duquel le skeleton disparaît. En outre, les conditions météorologiques ne sont pas favorables : en raison d'un enneigement insuffisant, Franklin D. Roosevelt, gouverneur de l'État de New York, se voit contraint de faire venir du Canada tout proche des trains entiers chargés de neige. Mais cette situation n'aurait-elle pas dû être envisagée, car Lake Placid est située à moins de 570 mètres d'altitude ? Enfin, au fil des jours, l'organisation montre de sévères carences. Ces premiers « Jeux d'hiver du Nouveau Monde », qui coûtent pourtant plus de 1 million de dollars, constituent un véritable échec.

L'examen des résultats sportifs est trompeur. Les États-Unis occupent la première place de l'officieux classement des nations, avec six médailles d'or, quatre médailles d'argent et deux médailles de bronze, soit douze médailles au total. Mais quatre de ces médailles d'or reviennent à leurs patineurs de vitesse (Jack Shea et Irving Jaffee, deux chacun), très favorisés par le système des compétitions : alors que, depuis la fin du xixe siècle, le format des épreuves est immuable (les concurrents s'élancent deux par deux et se battent avant tout contre le chronomètre), les départs sont donnés en groupe, selon les règles en vigueur en Amérique du Nord, ce qui déconcerte tous les patineurs européens. De plus, la délégation américaine comptait soixante-quatre athlètes (contre dix-neuf pour la Norvège, par exemple). La suite de ce classement est un peu plus conforme à la logique : la Norvège est deuxième (trois médailles d'or, quatre médailles d'argent, trois médailles de bronze, soit dix médailles au total), la Suède troisième (une médaille d'or, deux médailles d'argent), mais le Canada (une médaille d'or, une médaille d'argent, cinq médailles de bronze) apparaît à la quatrième place. La France, comme en 1928 grâce à la médaille d'or d'Andrée et Pierre Brunet en patinage par couple, est septième. Dix pays obtiennent une médaille au moins.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

Classification

Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « LAKE PLACID (JEUX OLYMPIQUES DE) [1932] - Contexte, organisation, bilan », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lake-placid-jeux-olympiques-de-1932-contexte-organisation-bilan/