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LA PLACE, Annie Ernaux Fiche de lecture

Récit autobiographique publié en 1983 par Annie Ernaux, La Place connaît aussitôt un vif succès et obtient, quelques mois plus tard, le prix Renaudot. Après Les Armoires vides (1974), Ce qu'ils disent ou rien (1977) et La femme gelée (1981), il s'agit du quatrième livre de l'auteure, sans doute l'un des plus connus. Avec lui, Annie Ernaux (née en 1940) inaugure une démarche littéraire singulière, caractérisée autant par la superposition de comptes rendus d'expériences personnelles – sans en occulter les aspects les plus prosaïques – et d'analyses sociologiques de leur contexte, que par une écriture d'une extrême simplicité, à la fois hyperréaliste et apparemment dénuée de tout pathos.

« Une vie soumise à la nécessité »

L'essentiel de La Place est consacré à la figure du père de l'auteure, dont la mort suit de près la réussite de sa fille au CAPES de lettres. Celle-ci entreprend alors d'écrire non pas un roman mais plutôt un témoignage, aussi juste et fidèle que possible, où elle rassemblera « les paroles, les goûts, les gestes de [son] père, les faits marquants de sa vie… ».

Fils de métayers à Y. (comme Yvetot, Seine-Maritime, où Annie Ernaux a passé son enfance), le père va à l'école où il apprend à lire et à écrire. Il en est retiré à douze ans pour aller travailler à la ferme jusqu'à son service militaire. À son retour, il entre à l'usine où il fait la connaissance d'une jeune ouvrière et l'épouse. Ils ont une petite fille. Le père quitte bientôt l'usine pour un emploi de couvreur, puis, à la suite d'un accident, se laisse convaincre par sa femme d'ouvrir un café-épicerie. Après des débuts prometteurs, le commerce ne tarde pas à péricliter, faute de clients solvables. Le père redevient ouvrier pour compléter les faibles revenus du couple. Leur petite fille meurt à l'âge de sept ans de la diphtérie. Arrivent la guerre et l'Occupation. La mère est enceinte et ils partent pour L. (comme Lillebonne, ville de naissance de l'auteure), où ils survivent tant bien que mal. Une deuxième fille naît. À la Libération, ils retournent à Y. et trouvent un fonds de commerce, une épicerie-café-bois-charbon.

La petite fille grandit. Désormais, le récit ne se fonde plus seulement sur des témoignages, mais sur les souvenirs de la narratrice – même si celle-ci s'aide parfois de photographies. Sans atteindre une véritable prospérité, la famille voit peu à peu son niveau de vie s'améliorer, dans le contexte favorable des « Trente Glorieuses ». Pourtant, au fur et à mesure de ses études, secondaires puis universitaires, le fossé culturel se creuse entre les parents et leur fille. Si une certaine proximité « féminine » persiste avec la mère, la distance s'accentue avec le père, dont elle perçoit à présent avec gêne voire agacement les expressions de langage et les comportements « populaires ». Tout en poursuivant ses études, elle se marie, quitte la région, et ne retourne que de loin en loin à Y., où son père tombe malade. Sa mort suit de peu son entrée dans l'enseignement. Le récit se clôt sur sa rencontre fortuite, quelques années plus tard, avec une ancienne élève devenue caissière de supermarché.

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • ERNAUX ANNIE (1940- )

    • Écrit par Dominique VIART
    • 2 391 mots
    • 1 média
    La Place (1984) marque ce tournant décisif de l’œuvre. Au décès de son père, Annie Ernaux décide d’écrire « sa vie et cette distance venue à l’adolescence entre lui et [elle]. Une distance de classe, mais particulière, qui n’a pas de nom. Comme de l’amour séparé ». L’écrivaine devenue professeur de lettres...

Voir aussi