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L'HOMME UNIDIMENSIONNEL. ESSAI SUR L'IDÉOLOGIE DE LA SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE AVANCÉE, Herbert Marcuse Fiche de lecture

Marcuse - crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

Marcuse

Reprenant les grandes lignes de l'essai « Sur quelques conséquences sociales de la technologie moderne » (1941), l'ouvrage fait suite à Éros et civilisation (1955) dans lequel Herbert Marcuse (1898-1979) revisitait de façon critique les conceptions freudiennes de la civilisation. Accueillant principalement les influences de Marx, Hegel, Freud et Heidegger, L'Homme unidimensionnel s'inscrit, d'un point de vue intellectuel, dans le courant de la théorie critique de l'école de Francfort à laquelle Marcuse collabora aux côtés de M. Horkheimer et de T. W. Adorno. Mais sa genèse directe est surtout à rattacher à l'exil en 1934 du philosophe juif vers les États-Unis sous la pression de la montée du nazisme en Allemagne. C'est en effet de son expérience américaine que Marcuse, alors professeur de politique et de philosophie à l'université de Boston, tire son analyse des forces sociales répressives engendrées par le modèle technologique prévalant dans les pays industriellement avancés.

De la société répressive à une civilisation du loisir

Assorti d'une introduction qui rappelle, devant le constat de la disparition des instances de résistance et des volontés révolutionnaires face à la puissance d'intégration et de conditionnement de la technologie, que « la théorie critique doit examiner les alternatives historiques », L'Homme unidimensionnel se compose de trois parties : « La Société unidimensionnelle » (chap. i à iv), « La pensée unidimensionnelle » (chap. v à vii), et « Perspectives d'un changement historique » (chap. viii à x).

La première partie s'ouvre sur l'exposé du « totalitarisme » de l'appareil technologique et de son implacable rationalité fonctionnelle qui, au moyen de besoins artificiels et de pratiques uniformisées, installent de nouvelles formes de contrôle et de domination propres à aliéner l'individu (chap. i). Son caractère systémique et la peur du « spectre de la libération » tendent à faire converger les partis politiques et les classes sociales autrefois opposés (chap. ii). À rebours des anciennes formes culturelles de négation de la réalité établie émergent un conformisme aveugle et une conscience heureuse et naïve que distillent un art désublimé et prêt à consommer, ainsi qu'une sexualité, en apparence libérée, mais en fait instrument d'une stimulation sociale (chap. iii). Le langage opérationnel, désignant davantage des ordres et des fonctions que des individualités, exclut des discours la contradiction, la dialectique et la critique, et contribue donc à réduire la réalité au format canonique du système en place (chap. iv).

La deuxième partie s'attache à démontrer les effets de la technologie sur la structure de la pensée et sur les productions philosophiques. Un premier glissement s'opère, lorsque la logique formelle d'Aristote, indifférente aux oppositions platoniciennes essence/apparence, théorie/pratique, renonce à évaluer la réalité selon son degré de vérité, pour uniquement se consacrer, à l'aide de règles universellement valables, à l'élimination des contradictions (chap. v). La raison peut alors s'exercer sur la réalité effective pour servir, dans sa version technologique, une logique de domination en légitimant, au nom d'une organisation plus scientifique du travail, les entreprises d'exploitation (chap. vi). Ramenée à un critère quantitatif et productif, cette positivité s'allie avec l'empirisme de la philosophie analytique qui, pour limiter la vérité au concret et à l'usage ordinaire des mots, évacue le contexte social et le caractère politique de l'énonciation (chap. vii).

La troisième partie fait résider la solution à cette unidimensionnalité générale dans « le projet transcendant » de la philosophie qui[...]

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Écrit par

  • : docteur en sociologie, D.E.A. de philosophie, maître de conférences à l'université de Paris V-Sorbonne

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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Marcuse - crédits : Keystone/ Hulton Archive/ Getty Images

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