L'HOMME QUI RIT, Victor HugoFiche de lecture

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Drame et poésie

Drame de l'âme, L'Homme qui rit est d'abord un roman d'initiation, celle d'un enfant abandonné dans le labyrinthe du monde, symbolisé tour à tour dans le récit par la presqu'île de Portland et par le palais d'Oxford. Peu à peu, grâce à l'éducation prodiguée par Ursus et à l'amour illuminant de Dea, il va trouver sa voie et sa vérité : la passion pure et non la pulsion charnelle, l'élévation spirituelle dans la chute et non la perte de soi dans l'ascension sociale.

Mais Gwynplaine ne cherche pas que son salut. Il est également investi d'une mission : être, auprès de ceux d'en haut, « celui qui vient des profondeurs » et faire entendre la voix des opprimés. Devant les lords incrédules, il prophétise les révolutions à venir : « Tremblez. Les incorruptibles solutions approchent [...] ; les paradis bâtis sur les enfers chancellent [...], ce qui est en haut penche, et ce qui est en bas s'entrouvre, l'ombre demande à devenir lumière [...] ; c'est le peuple qui vient vous dis-je, c'est l'homme qui monte, c'est la fin qui commence, c'est la rouge aurore de la catastrophe. » Au roman philosophique se superpose un roman politico-historique que Hugo songeait à inscrire dans une trilogie dont le second volet, consacré à la monarchie absolue, ne vit jamais le jour. L'Homme qui rit aurait ainsi été « ce livre où est peinte l'ancienne Angleterre, avant le livre où est peinte l'ancienne France qui aura pour conclusion la Révolution et sera intitulé : Quatrevingt-Treize ».

De si hautes ambitions n'ont jamais aidé à rendre populaire ce roman. De plus, à un texte complexe, surchargé d'intentions, s'ajoutent les défauts habituels de l'auteur : emphase, verbosité, hermétisme, recherche systématique d'érudition et de mots rares, formules péremptoires d'un créateur omniprésent et omnipotent. Reste que tout cela est balayé par un souffle formidable, une abondance d'admirables pages, où la fantaisie touche à l'onirisme. Le pendu goudronné sur la falaise, l'ourque jetée aux récifs, le loup Homo, les prouesses d'Ursus ventriloque et surtout Gwynplaine lui-même, condensé des figures les plus emblématiques de la mythologie hugolienne – Ruy Blas et Triboulet, Quasimodo et Danton – autant d'éléments qui ont fait qualifier de baroque, voire de surréaliste un roman qu'il importe de remettre à la toute première place, à l'instar de Claudel qui voyait « dans cet album de lithographies épiques et paniques le chef-d'œuvre du grand poète ».

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Écrit par :

  • : agrégé de lettres modernes, ancien élève de l'École normale supérieure

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Philippe DULAC, « L'HOMME QUI RIT, Victor Hugo - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/l-homme-qui-rit/