KIM YU-NA (1990- )

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Dans le domaine du sport, un triomphe olympique procure presque toujours la notoriété. Mais, pour acquérir la gloire et accéder au statut de quasi-icône, le charisme, une trajectoire sortant de l'ordinaire et une communication parfaitement maîtrisée s'avèrent le plus souvent nécessaires. Couronnée championne olympique de patinage artistique à Vancouver en 2010, la Sud-Coréenne Kim Yu-na a su réunir tous ces atouts.

Kim Yeon-a – une erreur de transcription dans la rédaction de son passeport quand elle s'installera au Canada la fera devenir Kim Yu-na – est née le 5 septembre 1990 à Bucheon, une ville industrielle située entre Séoul et Incheon. Encouragée par sa mère, l'enfant commence le patinage à six ans ; à douze ans, elle participe à des compétitions internationales, maîtrisant déjà les triples sauts. Médaillée d'argent aux Championnats du monde junior en 2005, derrière la Japonaise Mao Asada, elle prend sa revanche l'année suivante. Rapidement, la rivalité entre les deux jeunes Asiatiques – ajoutée à l'antagonisme historique qui existe entre la Corée et le Japon – va servir de trame au patinage artistique féminin.

En 2006, Kim Yu-na se rend en stage à Toronto, où elle vient recevoir les conseils du chorégraphe David Wilson. À cette occasion, elle fait la connaissance de Brian Orser, vice-champion olympique en 1984 et en 1988. La jeune femme, qui rêve depuis toujours de ressembler à l'Américaine d'origine asiatique Michelle Kwan, cinq fois championne du monde, prend vite conscience que travailler avec celui qui est désormais un entraîneur réputé peut lui permettre de concrétiser ses ambitions. Elle essuie trois refus polis, mais l'obstination de l'adolescente a raison des réserves du Canadien, et Kim Yu-na s'installe à Toronto à la fin de 2006. Leur collaboration, sous le regard d'une mère omniprésente, va la transfigurer. Lorsque Brian Orser l'accueille, il constate que cette toute jeune femme, timide et réservée, ne semble guère heureuse. Grâce à Orser, elle forge sa technique et prend confiance ; surtout, avec David Wilson, elle apprend à exprimer la joie sur la patinoire. « Le patinage m'a ouvert l'esprit. J'adore jouer en public, cela me rend vivante », déclarera-t-elle plus tard. Dès lors, les performances s'enchaînent : elle remporte la finale du Grand Prix de l'International Skating Union en 2007 et en 2008, se classe troisième des Championnats du monde ces deux années-là, alors que Mao Asada est sacrée championne du monde en 2008. Tout comme sa mère, Kim Yu-na se convertit au catholicisme en mai 2008 et choisit Stella comme prénom de baptême. Cette démarche accentue la singularité de son parcours et lui vaut une immense popularité auprès de la communauté chrétienne de Corée du Sud, qui vénérera bientôt « Stella Kim ».

Pour Kim Yu-na, la consécration vient en 2009. Aux Championnats du monde de Los Angeles, elle s'impose devant la Canadienne Joannie Rochette et la Japonaise Miki Ando. Première Sud-Coréenne sacrée championne du monde de patinage artistique, cette jolie jeune femme devient derechef une idole au pays du Matin calme. Dès lors, sa vie doit se voir gérée en fonction de ce statut. Élue « personnalité préférée du pays » cette année-là, devant Barack Obama et Ban Ki-moon, elle ne se déplace plus, quand elle retourne en Corée du Sud, qu'accompagnée de deux gardes du corps. Lorsqu'elle donne une interview, Kim Yu-na se trouve en permanence sous contrôle. Si, au détour d'une phrase, quelques mots semblent pouvoir écorner, même de très loin, son image, son agent et interprète, qui épie par ailleurs ses faits et gestes, en affadit le propos. Ces sacrifices ont bien sûr une contrepartie financière : ses revenus annuels atteignent en 2009 quelque 6 millions d'euros, venus de contrats publicitaires avec Nike (son sponsor officiel), Samsung, Hyundai et de nombreuses autres marques. Kim Yu-na peut ainsi payer elle-même sa structure personnelle d'entraînement ; elle soutient les jeunes patineurs de son pays (elle a versé 1,5 million d'euros en trois ans pour favoriser le développement du patinage en Corée du Sud) et n'oublie pas d'apporter son obole à diverses opérations caritatives.

Quand elle arrive à Vancouver pour participer aux jeux Olympiques, c'est une star dont l'aura dépasse largement le cadre de son sport qui est accueillie par plus de trois cents journalistes à l'aéroport ; même le New York Times lui a consacré [...]

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  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pierre LAGRUE, « KIM YU-NA (1990- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/kim-yu-na/