GRÉCO JULIETTE (1927-2020)

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Vénéneuse et généreuse, la chanteuse et actrice française Juliette Gréco a personnifié la femme libre, intelligente, fragile et fière d'elle-même. À la Libération, elle fut la muse de Saint-Germain-des-Prés et le symbole de la frénésie de liberté qui animait la jeunesse qui avait mûri sous le joug du nazisme et de la collaboration. Son humour et ses choix ont toujours été surprenants et, au fil du temps et de ses amitiés, elle a appris à distiller les formules justes, caustiques, inattendues. Loin d'être prisonnière de son image, Juliette Gréco fut une femme de son époque dans le monde contemporain. Elle a choisi d'être interprète et s’est mise au service de l'imagination populaire. Engagée sans jamais véritablement militer, rebelle à toutes les entraves, elle n’a cessé de séduire une jeunesse, qui se reconnaissait dans son impertinence, son anticonformisme et son goût insolent pour les talents naissants.

« Je suis comme je suis »

Juliette Gréco naît le 7 février 1927 à Montpellier, d'un père corse et d'une mère bordelaise. De son enfance, elle dira qu'elle fut « misérable côté cœur, dorée côté confort ». Son père quitte très tôt le foyer, et elle se voit confiée, avec sa sœur aînée Charlotte, à ses grands-parents maternels. Sa mère s'installe ensuite à Paris avec ses filles. Toutes les trois ont pour habitude de descendre dans la propriété familiale de Dordogne pendant les vacances.

Le 9 septembre 1943, sa mère, résistante, est arrêtée à Périgueux. Juliette et sa sœur décident de regagner Paris, mais, peu de temps après leur arrivée dans la capitale, Charlotte est arrêtée. À son tour, Juliette est emprisonnée à la prison de Fresnes. Elle n'y reste qu'un mois et, une fois relâchée, elle demande assistance à Hélène Duc, son ancien professeur de français, qui loge tout près de Saint-Germain-des-Prés, dans une pension de famille du quartier Saint-Sulpice. Elle échoue au concours d'entrée au Conservatoire et devient figurante à la Comédie-Française, où Jean-Louis Barrault monte Le Soulier de satin de Paul Claudel.

Sa mère et sa sœur reviennent des camps de concentration. Dès 1945, sa mère s'engage comme officier de marine dans le corps expéditionnaire français en Indochine. Juliette et sa sœur, restées seules à Paris, fréquentent le bar du Pont-Royal, point de ralliement de Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Maurice Merleau-Ponty... Jean Tardieu lui propose de participer à une série d'émissions de radio. En 1946, au Théâtre de la Gaîté-Montparnasse, Juliette Gréco fait ses débuts de comédienne dans Victor, ou les Enfants au pouvoir, de Roger Vitrac.

Juliette Gréco, toujours accompagnée de son alter ego Anne-Marie Cazalis, hante les nuits de Saint-Germain-des-Prés. En Boris Vian, Gréco trouve un frère, qui tendrement lui réapprendra à parler et à espérer.

Une fin de nuit, cherchant à récupérer son manteau, elle découvre une longue cave voûtée qui deviendra sous son impulsion Le Tabou, un club privé où le monde entier se pressera pour voir ceux qu'on appelle les existentialistes. À l'entrée, Juliette est chargée de chasser les curieux. Plusieurs fois, elle en vient aux mains et aux insultes. Son œil de biche, sa tenue, son chandail et son pantalon noir sont copiés par des milliers de jeunes femmes, répandant son image dans le monde entier. Jean Cocteau lui demande de jouer Aglaonice, la reine des Bacchantes, dans Orphée, en compagnie de Jean Marais, Maria Casarès et François Perrier (1950).

Lorsqu'il s'agit de faire de Gréco une chanteuse, Jean-Paul Sartre lui propose plusieurs textes, parmi lesquels « Si tu t'imagines » de Raymond Queneau, « L'Éternel féminin » de Jules Laforgue et « Rue des Blancs-Manteaux », dont il avait écrit le texte pour sa pièce Huis Clos. Il demande à Joseph Kosma de composer les musiques. Quelques jours plus tard, accompagnée au piano par Jean Wiener, Juliette Gréco chante sur scène pour la première fois, au Bœuf sur le toit. C'est un succès. Après le spectacle, François Mauriac l'invite à sa table pour la féliciter et Marlon Brando, présent chaque soir au cabaret, la ramène souvent sur sa moto jusqu'à sa chambre d'hôtel.

Joseph Kosma lui propose de chanter « La Fourmi » de Robert Desnos, et Gréco en profite pour lui demander la permission d'interpréter « Les Feuilles mortes ». Jacques Prévert lui offre « Je suis comme je suis », qu'il a écrite pou [...]

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ARRANGEURS DE LA CHANSON FRANÇAISE

  • Écrit par 
  • Serge ELHAÏK
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Pour citer l’article

Alain POULANGES, « GRÉCO JULIETTE - (1927-2020) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/juliette-greco/