OLLER JOSEPH (1839-1922)

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Inventeur du pari mutuel, fondateur à Paris de l'Olympia et du Bal du Moulin-Rouge, un des créateurs du « music-hall », Joseph Oller fait partie de ces personnalités fécondes que l'histoire a injustement oubliées.

Joseph Oller Roca est né à Terrassa en Catalogne en 1839. Arrivé à Paris avec ses parents à l'âge de deux ans, il y fait ses études, sans aller, semble-t-il, bien loin. Son biographe (F. Canyameres, L'Homme de la Belle Époque, Paris, 1946) raconte qu'envoyé à Bilbao par son père pour y apprendre l'espagnol, il y découvrit les combats de coqs et les paris qu'on y faisait.

Rentré à Paris, Joseph Oller s'intéresse aux courses de chevaux, alors en plein développement, et aux paris à la « poule », qui tiennent alors plus de la loterie. Dès 1864, il dépose un brevet pour un système de tirage au sort d'obligations.

C'est sans doute à la même époque qu'Oller ouvre, au 178 boulevard de Magenta, l'Agence des Poules, qui pratique déjà le pari hors-course et la centralisation des mises. Un tirage au sort permettait ensuite de verser à un seul des joueurs la totalité des mises. Ce système s'opposait au « pari à la cote » pratiqué par les bookmakers.

En 1867, Joseph Oller améliore son système et met au point le « pari mutuel », qui exige que toutes les mises soient totalisées afin de pouvoir payer les mises gagnantes par l'emploi des perdantes : ainsi les gagnants se répartissent la totalité des mises – après les déductions normales. Pour l'opérateur, les risques sont limités (il ne peut espérer de « jackpot », mais ne risque pas de « sauter »). C'est le système le plus juste, mais les opérations, plus complexes, rendent indispensable le recours à un « compteur totalisateur ». L'entreprise prend le nom de « Paris Mutuels » et s'installe au 27 boulevard des Italiens.

De fait, en 1868, Joseph Oller dépose un brevet pour un « compteur mécanique totalisateur pour application des calculs partiels à réunir en un seul total – avec tableau Paris mutuels ». L'année suivante, un périodique est lancé : c'est le Journal des courses. Organe des courses de chevaux et des paris mutuels, qui paraîtra de 1869 à 1872. Les pouvoirs publics voient cependant tous ces paris d'un mauvais œil et tentent de les interdire. Une action judiciaire est entreprise visant les poules et les paris mutuels, mais la Cour de cassation (arrêt du 6 juin 1869) choisit de distinguer les deux : les paris à la poule, assimilés aux loteries, tombent bien sous le coup de la loi de 1836 et sont donc illégaux ; les paris mutuels, « où chacun choisit son cheval », n'étant pas considérés comme des jeux de hasard, restent permis.

Après la guerre de 1870, qui interrompt les activités de Joseph Oller, les Paris mutuels reprennent. Mais un député s'attaque à nouveau aux paris sur les courses et obtient leur condamnation en 1874. Oller ferme le bureau des Paris mutuels et crée en 1875 sur son emplacement une salle de spectacle baptisée « Fantaisies Oller », qui deviendra en 1878 le Théâtre des Nouveautés (détruit en 1911). C'est le début d'une carrière inattendue, mais réussie, dans le spectacle populaire et le « music-hall », genre quasiment inventé par Oller. En 1885, c'est l'ouverture de la grande piscine Rochechouart, puis celle des Arènes nautiques de la rue Saint-Honoré. Un brevet de « piste mobile pour hippodromes, arènes, etc. » est d'ailleurs déposé en 1886. En 1889, Oller et Zidler fondent le Bal du Moulin-Rouge, devenu « théâtre-concert » en 1902. En 1893, Oller, seul, ouvre le théâtre de l'Olympia, premier vrai music-hall de Paris, construit à la place de montagnes russes qu'il avait fait édifier en 1889, mais que la préfecture avait fait fermer par crainte d'incendie.

En 1887, l'horizon des paris sur les courses se dégage. Le gouvernement n'a pu que constater la multiplication en toute illégalité des officines de paris à la cote. Le 28 avril 1887, un jugement les bannit et rend au pari mutuel sa légitimité en confiant son fonctionnement à la Société d'encouragement ; celle-ci en délègue la gestion à Joseph Oller. Le même Oller venait de déposer un brevet améliorant son système de paris. Le 21 mai, nouveau brevet pour un « compteur-totalisateur ». Enfin, en 1890, Oller dépose un ultime brevet d'une « fermeture automatique pour tableaux de distribution ou d'enregistrement des opérations dites de paris-mutuels ».

Consécration pour le pari mutuel, une loi, celle du 2 juillet 1891, instaure le principe de mutualisation des paris et lui en réserve l'exclusivité, excluant ainsi le pari à la cote. Joseph Oller poursuit l'exploitation du pari mutuel et fonde à Puteaux une imprimerie destinée à fabriquer les « billets-compteurs ». Pleinement réhabilité, devenu riche et influent, Joseph Oller meurt à Paris en 1922. Peu après sa mort, les sociétés de courses créent en 1930 le pari mutuel urbain pour collecter les paris hors des hippodromes.

La postérité du pari mutuel et du totalisateur est immense : adopté dans plusieurs pays européens dès la fin du xixe siècle, aux États-Unis au début du xxe, il est autorisé en 1928 au Royaume-Uni, où il est appliqué aux pronostics sur les matches de football. L'idée devait faire son chemin, d'abord en Suède en 1934, puis en Finlande dès 1940. Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs pays européens choisirent à leur tour d'introduire un système de « football pools » : Italie (1946), Norvège (1948), Allemagne (1949), etc. Appliqué en 1954 à une loterie pure, le principe du totalisateur devait donner naissance au loto 6/49, lancé en 1955. C'est aujourd'hui la forme de loterie la plus répandue dans le monde.

—  Thierry DEPAULIS

Écrit par :

  • : licencié ès lettres, ingénieur du Conservatoire national des arts et métiers, historien du jeu

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Pour citer l’article

Thierry DEPAULIS, « OLLER JOSEPH - (1839-1922) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 février 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/joseph-oller/