LE CARRÉ JOHN (1931-2020)

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Si, dans A Perfect Spy (Un pur espion, 1986), John Le Carré a mis le plus intime de lui-même, on comprendra aisément qu'il ait toujours voué une cordiale détestation au héros de Ian Fleming, le fameux 007, le moins secret des agents secrets, qu'il tançait en ces termes : « Bond est le type même du transfuge potentiel, parce que si Moscou lui avait offert plus d'argent, de meilleurs alcools et de plus jolies filles, il serait passé directement à l'Est ! » Ce qui est aller un peu vite en besogne au regard des « taupes » anglaises elles-mêmes dont les Philby, Mac Lean, Burgess demeurent les figures emblématiques et bien réelles, qui ont abondamment nourri l'inspiration de Le Carré.

Un auteur qui soufflait le froid

David John Moore Cornwell naît le 19 octobre 1931 à Poole, dans le Dorset. Il fréquente la très réputée Sherborne School avant d'aller étudier l'allemand à l'université de Berne, d'accomplir son service militaire dans l'Intelligence Corps où il est approché par le Secret Intelligence Service (plus spécifiquement le Military Intelligence, departement 6). Versé aux archives, il est chargé de classer les dossiers de traitement des agents, poste clé s'il en est pour ses futurs romans. En 1952, il reprend ses études au Lincoln College d'Oxford qu'il quitte, à la suite de la faillite de son père, homme d'affaires, avant de les reprendre trois ans plus tard et d'obtenir son diplôme. Il enseigne ensuite à la célèbre école d'Eton avant de rejoindre le corps diplomatique où il exercera comme deuxième secrétaire à l'ambassade de Grande-Bretagne à Bonn puis au consulat de Hambourg. Au même titre que d'autres fonctionnaires recrutés par le SIS (Secret Intelligence Service), il est affecté à un service où, selon le Foreign Office, « le travail ne commence qu'après la fermeture des bureaux de l'ambassade et dont seul l'ambassadeur sait ce qu'ils font... ».

C'est à cette époque qu'il écrit, sous le pseudonyme de John Le Carré deux courts romans : Call for the Dead (L'Appel du mort, 1961) et A murder of quality (Chandelles noires, 1962), sortes de galops d'essai dans lesquels apparaît d'emblée George Smiley, celui qui deviendra à la fois son porte-parole et son fer de lance (n'oublions pas que to get a square signifie « régler ses comptes » et que « Le Carré » est la traduction littérale de the square) dans sa longue et persévérante évocation de ce qu'est le monde trouble et souterrain du renseignement et, plus spécifiquement encore, dans sa quadrature du Cirque (surnom donné aux services secrets britanniques, domiciliés à Cambridge Circus, à Londres). Parmi les multiples portraits de Smiley ; celui-ci ne dépareille pas la collection : « Petit, bedonnant et à tout le moins entre deux âges [...], un de ces humbles de Londres à qui le royaume des cieux n'appartient pas. Il avait les jambes courtes, la démarche rien moins qu'agile [...]. Son manteau, qui vous sentait un peu le veuf, était de ce tissu noir et mou qui semblait avoir été conçu pour retenir l'humidité... » En fait de veuvage, le disgracieux Smiley est l'époux de la très belle Ann Sercombe. Il n'a, pour ainsi dire, pas d'amis mais des collaborateurs fidèles et compétents, qui lui sont dévoués corps et âme. Présent dans huit romans (six au titre de protagoniste majeur, deux comme figurants), on a un peu trop vite écrit qu'il était l'anti-James Bond par excellence.

John Le Carré

Photographie : John Le Carré

« Nous l'avons envoyé parce qu'on en avait besoin ; abandonné parce qu'il le fallait. » L'art de la manipulation caractérise ce qu'on pourrait appeler la première période de l'œuvre de John Le Carré, avec la guerre froide en arrière-plan. Mais la chute du Mur de Berlin change la... 

Crédits : Andrew Fox/ Mirrorpix/ Getty Images

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  • Jean TULARD
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Pour citer l’article

Robert DELEUSE, « LE CARRÉ JOHN - (1931-2020) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/john-le-carre/