BAADER JOHANNES (1875-1955)

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Johannes Baader est né le 21 juin 1875 à Stuttgart, dans une famille où il a été élevé selon les principes rigoureux du piétisme. D'où certainement, plus tard, sa répulsion pour les religions instituées, ainsi que sa propension à se prétendre lui-même Dieu, ou à la rigueur le Christ réincarné. Toujours est-il qu'il s'est plié à la discipline scolaire, jusqu'à obtenir un diplôme d'architecte dans sa ville natale. Ensuite, il a adopté pour spécialisation la construction des monuments funéraires dans les cimetières.

Mais ses contrats ne semblent pas avoir été nombreux. En 1913, alors qu'il est marié et père de trois enfants, l'arrivée d'un quatrième étant imminente, le ménage ne survit que grâce à l'argent que sa femme gagne comme nourrice à domicile. Il passe son temps à élaborer chimériquement les plans d'une « architecture spirituelle », en correspondance avec un prophétisme messianique universel.

En août 1914, convoqué devant les autorités militaires, il est réformé pour psychose maniaco-dépressive. Ce qui lui vaut, dans l'immédiat, d'échapper à une incorporation. Au demeurant, bien des légendes courent sur sa prétendue opposition à la guerre, entretenues par les ouï-dire et les notes qu'il a laissées. Parmi celles-ci, une lettre fantaisiste de 1916 au prince Frédéric-Guillaume, apparemment jamais envoyée. L'allégation selon laquelle il aurait été condamné à une peine de prison ne repose sur aucune preuve. Ce qui est certain, c'est qu'à la fin de la guerre il a accompli sans regimber son « devoir patriotique » en Belgique, dans les services auxiliaires de l'armée de Guillaume II.

Plusieurs dadaïstes allemands l'ont décrit comme un illuminé et un mystificateur au comportement déroutant. Wieland Herzfelde a raconté comment lui-même et ses camarades l'ont rencontré par hasard à Berlin chez leur imprimeur au début de novembre 1918, en allant y chercher des exemplaires de leur revue Die Pleite. Baader se rendait là aussi pour récupérer des paquets d'une brochure publiée en 1914 à ses frais, Quatorze Lettres adressées à Jésus-Christ, où il se donne pour la réincarnation du Sauveur, et qu'il signe « l'Éternel, le Crucifié et le Ressuscité ».

Selon Franz Jung, cet homme « un peu simple d'esprit » ne fut littérairement qu'une création mythique de Raoul Hausmann, qui le connaissait depuis 1917. Ce fut lui qui l'instrumentalisa en Oberdada (« Surdada »). L'un et l'autre, en tandem, collaborèrent à la revue Der Dada fondée en juin 1919, puis Hausmann le mit habilement en avant dans toutes les provocations et manifestations dadaïstes de 1919-1920. Jung va jusqu'à imputer à cette instrumentalisation du personnage de Baader les accusations de « folie » que le public fut amené à porter contre le dadaïsme, au lieu de retenir le caractère « politique » du mouvement.

Les interventions que Baader veut dérisoirement « politiques » ressemblent plutôt, en effet, à des clowneries. Lors de la signature du traité de Versailles, le 28 juin 1919, il remet à l'Assemblée nationale, pour inviter les députés à garantir la « paix mondiale », un recueil de coupures de journaux qu'il a intitulé Manuel du Surdada. Le 16 juillet, il jette du haut des travées du théâtre de Weimar, où siège cette Assemblée nationale pour voter la Constitution, un flot de tracts exaltant son « génie personnel » et le présentant comme le « président du globe terrestre et universel ». Au nom des dadaïstes, il y proclame : « Nous allons faire sauter en l'air Weimar... »

Il a été l'un des organisateurs de la première foire internationale dada à Berlin en juillet 1920, à la galerie Otto Burchard. Il y exposa, entre autres, un « drame » : Plasto-Dio-Dada-Drama (Grandeur et décadence de l'Allemagne), ou L'Histoire de la vie fantasque du Surdada. Concrètement, cet assemblage de photos, journaux et objets divers entassés sur cinq couches superposées est un des sommets du dadaïsme.

La vie même de Baader reste obscure, surtout de la fin des années 1920 à sa mort, laquelle a tout de même été tardive : en 1955, dans une maison de retraite de Bavière, à Adldorf. À partir de 1926, il s'était retiré à Hambourg et il y habita jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, collaborant au quotidien régional Hamburger Abendblatt. Pour ce qu'il en est de ses activités, Dada était définitivement derrière lui.

Certaines rumeurs ont prétendu qu'il était alcoolique et qu'il se droguait. Mais les diagnostics des médecins su [...]

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Dans le chapitre « L'objet dada »  : […] Qu 'il soit collage, assemblage, sculpture, ou ready-made, l'objet dada sape la notion d'œuvre d'art en premier lieu par son apparente trivialité. Ce sabotage repose sur l'adoption de procédés – recyclage, abandon de la conception au profit du hasard, accumulation anarchique – qui n'exclut cependant pas la sophistication, que celle-ci tende à l'épure ou au chaos. Peu après le retour de Huelsenbeck […] Lire la suite

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Lionel RICHARD, « BAADER JOHANNES - (1875-1955) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/johannes-baader/