KRAG JENS OTTO (1914-1978)

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Issu d'une famille de petits commerçants jutlandais votant traditionnellement conservateur, le Danois Krag grandit dans un pays où les incidences de la crise monétaire des années 1920 se font durement sentir et où, de ce fait, les idées socialistes trouvent un terrain d'expansion favorable. Il entreprend à Copenhague des études de droit public et commence à fréquenter les cercles intellectuels sociaux-démocrates, qui ne tardent pas à utiliser ses talents. Au début de la guerre, Krag entre dans l'administration centrale où, durant l'occupation allemande, il s'applique à débrouiller les problèmes pratiques posés par le contrôle des changes et le ravitaillement.

En 1945, après la Libération, Krag passe au service des organisations syndicales ; de hautes responsabilités lui sont confiées au sein du Conseil économique du mouvement ouvrier. Dès 1947, l'ancien lithographe Hans Hedtoft (1903-1955), chef du parti social-démocrate depuis 1939, soucieux de s'entourer de jeunes experts capables d'affronter les technocrates « bourgeois », lui offre le ministère du Commerce dans le premier gouvernement qu'il forme. Krag vient juste d'être élu au Folketing. Désormais, deux brèves éclipses (1950-1952 et 1968-1971) mises à part, il fait partie de tous les cabinets qui se succèdent à Christiansborg. Ministre sans portefeuille dans le second gouvernement Hedtoft (1953), ministre du Travail dans le premier gouvernement Hans Christian Hansen (1955), il passe — toujours sous l'égide de ce dernier — en 1957 à l'Économie extérieure et en 1958 aux Affaires étrangères. À ce poste, il déploie pleinement ses dons de diplomate et noue des relations étroites avec des personnalités de l'Ouest, de l'Est et du Tiers Monde. La mort de H. C. Hansen (1906-1960) et la démission de son successeur, Viggo Kampmann, le rapprochent brusquement des leviers du pouvoir ; au dire de ses adversaires, il manœuvre pour éliminer ses concurrents les plus sérieux et devient Premier ministre en septembre 1962.

En dix ans, J. O. Krag dirigea quatre gouvernements (1962-1964, 1964-1966, 1966-1968 et 1971-1972) ; en politique extérieure (son domaine de prédilection), il s'efforce de faire jouer à son pays un rôle sans proportion avec son étendue et le chiffre de sa population. Anti-isolationniste, fidèle supporter de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (O.T.A.N.), ne cachant guère ses sympathies anglo-saxonnes, il saisit toute occasion d'intervenir à l'O.N.U. et dans les grandes conférences internationales. C'est cependant sur le terrain de la coopération européenne qu'il œuvrera le plus activement. Persuadé que le Danemark a tout à gagner en adhérant au traité de Rome, mais seulement dans le sillage de la Grande-Bretagne, principal client de son agriculture, il dissimule mal sa déception lors de la rupture entre Paris et Londres en janvier 1963 ; reçu peu après en visite officielle à l'Élysée, il repousse poliment la proposition que lui fait le général de Gaulle d'accueillir le Danemark parmi les Six... en franc-tireur.

Il encourage le développement de l'Association européenne de libre-échange (A.E.L.E.), à la création de laquelle il contribue en qualité de ministre des Affaires étrangères, et, bien qu'étant un panscandinave assez tiède, il se montre favorable aux plans d'union internordique (N.O.R.D.E.K.).

Quand, en 1970 — son parti est alors dans l'opposition — les pourparlers pour l'élargissement de la Communauté économique européenne (C.E.E.) à dix membres reprennent, il est le premier à les soutenir. Revenu à Christianborg en octobre 1971, il travaille en priorité à faire accepter à une opinion réticente ce grand saut vers l'Europe. Le 22 janvier 1972, il signe à Bruxelles, avec les trois autres candidats, le traité d'adhésion du Danemark à la C.E.E. Il lui reste la tâche difficile de conduire la campagne précédant le référendum national destiné à ratifier cet accord. Jusqu'à la dernière minute, il doutera de l'issue de cette consultation qui, le 2 octobre 1972, est une victoire sans équivoque pour le « oui ».

Le lendemain, en ouvrant la session du Parlement, il annonce, à la surprise générale, qu'il souhaite, maintenant que ce but primordial est atteint, quitter la politique. C'est là un coup de maître : il se retire en beauté à un moment où il est de plus en plus contesté par ses concitoyens et par la base de ses propres troupes. Médiocre orateur, il n'a jamais réussi à conquérir l'audience des masses. Sous son « règne », son parti perd des voix à chaque scrutin législatif. Par ailleurs, sa gestion économique durant cette décennie aboutit, malgré une conjoncture favorable, à un quasi-fiasco. Obligé depuis 1966 de s'appuyer sur les socialistes du Peuple (dissidents communistes) pour se maintenir, il a multiplié des réformes hâtives, contribuant ainsi à l'accroissement de l'inflation et des charges fiscales. Ainsi, il laisse à son dauphin, Anker Joergensen, qu'il a arbitrairement désigné, une énorme dette extérieure, d'inextricables problèmes internes et un mouvement social-démocrate affaibli et divisé.

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JØRGENSEN ANKER (1922-2016)

  • Écrit par 
  • Camille OLSEN
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Homme politique danois, Premier ministre du Danemark en 1972-1973 et de 1975 à 1982. Devenu Premier ministre du Danemark, au lendemain du référendum qui entérine le 2 octobre 1972 l'adhésion de son pays au traité de Rome, Jørgensen participe le 20 octobre suivant à Paris au premier sommet des Neuf. Quatorze mois plus tard, il accueille à Copenhague le deuxième sommet de la Communauté économique eu […] Lire la suite

Pour citer l’article

Camille OLSEN, « KRAG JENS OTTO - (1914-1978) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jens-otto-krag/