SÉNAC JEAN (1926-1973)

« La poésie ne peut avoir de répit ni se limiter à ses circonstances » (Jean Sénac, Avant-corps). Pour Sénac, d'essentielles circonstances lient la poésie à l'amour — « ... l'humble déraison d'ajuster à l'orgasme / le souffle même des mots  » (« Premier poème iliaque », Avant-corps) —, en même temps qu'à la lutte politique :

Ce soir nous déclarons l'Algérie terre ouverte Avec ses montagnes et sa mer Notre corps avec ses impasses.       (ibid.)

Ses « corpoèmes » ponctués d'ironie, « prolégomènes vers un verbe réconcilié, une chair heureuse, le Corps Total », transfigurent les sens et la foi politique (celle que « Tout le soleil est possible ») : « chanter l'Algérie totale, c'est aussi bien militer par le verbe pour la réforme agraire que réintégrer les structures du bonheur » (dans L'Afrique littéraire et artistique, févr. 1971). Et cette vie d'homme pour qui Camus et René Char ont tant compté répond au poème. Né à Béni-Saf, en Oranie, dans une famille ouvrière espagnole, Jean Sénac s'exprime à travers la revue Soleil (1950), où publient Kateb Yacine et Mohammed Dib, puis à travers la revue Terrasse (1953), et ses émissions de radio (« Le Poète dans la cité », puis « Poésie sur tous les fronts »), à travers ses recueils : Le Soleil sous les armes (1957), Matinales de mon peuple, (1961), Aux héros purs (1962), La Rose et l'Ortie (1964), Citoyens de beauté (1967), Avant-corps (1968), une anthologie de la jeune poésie algérienne, Désordres (1971), et l'Union des écrivains algériens, dont il s'occupe de 1963 à 1966. Il adhère au F.L.N. en France, choisit la nationalité algérienne, conseille en 1962 le ministre de l'Éducation nationale, puis se retire dans la solitude d'« une cave-vigie » au fond d'une ruelle d'Alger et y meurt assassiné par un voleur. Il donne à lire, avec sa « vie hermétique » qui est aussi « vie ouverte », « ce chant d'ongle que l'homme n'a cessé de nourrir depuis la première caverne ».

—  Barbara CASSIN

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MAGHREB - Littératures maghrébines

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Dans le chapitre « Après 1962 »  : […] Les indépendances, dont on pensait qu'elles mettraient un terme à l'expression littéraire en langue française, la voient au contraire non seulement perdurer et s'enrichir en Algérie, mais se déployer au Maroc et en Tunisie. En Algérie, la guerre de libération a fait exploser des expressions poétiques multiples dont la plupart s'effacent, la paix revenue. Demeure la belle œuvre poétique d’Anna Grek […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/maghreb-litteratures-maghrebines/#i_15066

Pour citer l’article

Barbara CASSIN, « SÉNAC JEAN - (1926-1973) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 juin 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-senac/