MECKERT JEAN (1910-1995)

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Jean Meckert fait partie de ces romanciers contemporains que n'aime guère l'Université, tant leurs personnages et leur écriture sont éloignés des dogmes qui règnent souvent sur l'enseignement des lettres. Au carrefour du populisme, de l'anarchisme et de l'esthétique du « polar » moderne, violemment engagé dans les combats contre l'exploitation des hommes, Meckert a sans doute souffert d'être un autodidacte. Né le 24 novembre 1910 à Paris, il est le fils d'un employé de la compagnie des omnibus, un libertaire qui sera fusillé en 1917 pour mutinerie. Sa mère, internée pendant deux ans, n'eut ensuite pas d'autre choix que d'être femme de peine jusqu'à la fin de ses jours. Rébellion et humiliation : figures parentales et choix éthiques se conjuguent pour façonner un révolté dressé contre le monde des puissants, du mensonge et de l'injustice. Meckert passe son enfance à Belleville puis dans un orphelinat protestant à Courbevoie. Son certificat d'études en poche, il devient apprenti, lit et étudie seul avec facilité. Il perd son travail, effectue avec déplaisir son service militaire, apprend la vie en pratiquant les métiers les plus variés avant de se retrouver mobilisé en 1939. Interné en Suisse pendant neuf mois, il imagine Les Coups – qui paraîtra en 1942 – un roman largement autobiographique où la lutte des classes passe à travers l'histoire privée d'un couple, dans sa difficulté à s'aimer et même à coexister. Meckert, employé de mairie depuis son retour, a la chance d'être remarqué à la N.R.F. par Gide, Martin du Gard et plus encore Queneau, qui s'amuse de ce que le manuscrit ait été dactylographié, sous Vichy, sur du papier timbré périmé de la République française. Gallimard aurait aimé que le livre concurrençât Voyage au bout de la nuit de Céline, qui avait fait le bonheur de son éditeur Denoël et que Meckert admirait (à la différence de Bagatelles pour un massacre, précisait-il...). Engagé dans la Résistance et les maquis de l'Yonne, Meckert ne nourrit cependant aucune illusion sur certains « résistants » qui règlent des conflits personnels sous couvert de lutte armée, ou qui bâtissent une carrière politique avec le sang des autres. L'après-guerre ne lui est pas faste et tandis qu'il délivre des permis d'inhumer à la mairie de Paris, sa carrière littéraire semble achevée. Il publie pourtant plusieurs romans, tous marqués par l'âpre volonté de dénoncer une société qui brise les rêves et répand la misère. Ses personnages sont de petites gens, des modestes, des solitaires aussi, que Meckert peint sans mièvrerie ni naïveté, avec le réalisme généreux de celui qui écoute et transcrit l'expressivité de la langue populaire. Ainsi paraissent L'Homme au manteau (1943), La Lucarne (1945), Nous avons les mains rouges (1947), ou encore Je suis un monstre (1952). En 1950 Marcel Duhamel fait appel à lui pour la Série noire. La mode étant aux pseudonymes américains, Meckert choisit d'abord John Amilanar que Duhamel simplifie en John (puis Jean) Amila. Y'a pas de bon dieu (1950) inaugure avec succès un ensemble d'une vingtaine de titres et raconte la lutte de quelques centaines de montagnards contre l'expropriation qui les menace. Les personnages des romans suivants restent ceux du petit peuple : un éclusier (Motus, 1953), un ouvrier sellier (Pitié pour les rats, 1964), de jeunes délinquants (Les Loups dans la bergerie, 1958), des mères célibataires (Langes radieux, 1963), des bouilleurs de crû (Jusqu'à plus soif, 1958), un employé de banque (Noces de soufre, 1964)... L'univers très noir de ces romans porte en lui une morale pessimiste. Amila se tait cinq ans, avant de concevoir en 1969 une série dont le héros est le policier Doudou Magne, dit « Géronimo », version très littéraire du « flic » idéaliste à cheveux longs, chemise à fleurs, qui se déplace à moto, et qui affronte polices parallèles et agents secrets (La Nef des dingues, Contest flic, Terminus Iena). À la suite d'un séjour à Tahiti où il écrit un scénario pour André Cayatte, Meckert publie La Vierge et le taureau pour dénoncer la bombe atomique, la guerre bactériologique et la colonisation. La vengeance ne se fait pas attendre : sauvagement agressé dans un parking, il reste amnésique sept ans, au cours desquels il lui faudra réapprendre l'usage du langage. Quand il peut retourner à sa table de travail, il écrit Le Pigeon du faubourg (1981) et [...]

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  • Claude MESPLÈDE, 
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Michel P. SCHMITT, « MECKERT JEAN - (1910-1995) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-meckert/