SEMPÉ JEAN-JACQUES (1932-2022)

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Dessinateur d’humour et illustrateur, Jean-Jacques Sempé, né à Pessac le 17 août 1932, est mort à près de quatre-vingt-dix ans le 11 août 2022 à Ampus, non loin de Draguignan. Mais c'est à Paris, depuis ses dix-huit ans et pendant plus d’un demi-siècle, qu’il a porté un regard amusé et bienveillant sur nos petits travers, nos rêves inaccessibles et nos espoirs démesurés. De ses premiers dessins à ses albums illustrés, Sempé a profondément marqué le monde de l’humour. Pour beaucoup, le dessinateur est associé au Petit Nicolas, un personnage enfantin imaginé avec le scénariste René Goscinny (1926-1977) dès février 1959. Si l’évocation de cette jeunesse dans la France des années 1960 ne ressemble en rien à celle, très difficile, que vécurent les deux auteurs, elle n’en est pas moins alimentée par leur commun plaisir de créer une enfance rêvée, joyeuse des mille anecdotes qui ponctuent la vie scolaire et familiale. Parus entre 1960 et 1964, les albums du Petit Nicolas ont été réédités entre 2004 et 2017 à l'initiative de la fille de Goscinny. Avec 15 millions de livres vendus, le succès, toujours au rendez-vous, s'est encore amplifié avec les films qu’ils ont inspirés (Le Petit Nicolas, 2009 ; Les Vacances du Petit Nicolas, 2014 et Le Trésor du Petit Nicolas, 2021).

Sempé est un artiste autodidacte. La situation précaire de sa famille l’amène à quitter l'école à quatorze ans et à occuper divers petits emplois de livreur à bicyclette, un moyen de déplacement qui restera une de ses grandes passions, avec le foot et la musique, et dont la trace parcourt ses œuvres. Ses premiers dessins paraissent dès 1950, alors que l'influence des humoristes américains du New Yorker – dont Saul Steinberg (1914-1999), Sam Cobean (1913-1951) ou James Thurber (1894-1961) –révolutionne l'esprit du gag visuel en France. Sempé découvre Chaval (1915-1968), auquel Sud-Ouest Dimanche consacre une page en 1949. En 1950, il place quelques dessins signés Dro dans le journal, avant de les signer de son propre nom à partir du 29 avril 1951. Le prix Carrizey lui est attribué en 1952. Sempé publie ensuite dans Le Rire, Noir et Blanc, Ici Paris (1953), dans Samedi-Soir, France Dimanche (1954). Dès 1956 et jusqu'à la fin de sa vie, il collabore à Paris-Match. À l'étranger, il apparaît dans Punch et Esquire (1957). Il participe à Pilote (1960), à L'Express (1965 à 1975), également au Figaro, au Nouvel Observateur et à bien d’autres titres. L’éditeur suisse Diogenes publie son premier album Volltreffer [En plein dans le mille] en 1959. Le succès rencontré convainc les éditions Denoël, dont il rejoint la maison. Rien n'est simple (1962), Tout se complique (1963), Sauve qui peut (1964)…, les premiers recueils de dessins de Sempé affichent leur filiation avec l'inspiration désarmante qui naît d'un regard innocent sur le monde.

De Monsieur Tout-le-Monde aux snobs, aux magnats de l'industrie ou des médias, il montre autour des années 1970 les incohérences et les excès de la société de consommation (Saint-Tropez, 1968 ; L’Information consommation, 1969 ; etc.). Désormais familier du « Tout-Paris », le dessinateur en révèle la dérisoire futilité.

Dès 1978, il illustre des couvertures du New Yorker, une contribution qui sera ininterrompue jusqu’à sa mort. Sempé accède à son rêve et franchit alors une étape, non seulement par la notoriété du support qui l’accueille, mais par la reconnaissance de son style qui lui permet de se libérer des contraintes du gag. Télérama présente dix couvertures de lui entre 1988 et 2013.

Sempé renoue avec les histoires illustrées de ses débuts dans l’album Monsieur Lambert (1965), où il illustre les conversations d’employés de bureau habitués d’un petit restaurant, qui sera suivi de L’Ascension sociale de Monsieur Lambert (1975). Dans ce même format, il retrouve avec le rougissement de Marcellin Caillou (1969) ou la timidité d’un Raoul Tabourin (1995) le charme enfantin des singularités sauvées par l’amitié. Cette sensibilité est également présente dans Catherine Certitude (1988), un récit composé en collaboration avec Patrick Modiano, ou encore dans L’Histoire de Monsieur Sommer (1991), des souvenirs d’enfance imaginés par Patrick Süskind. Reprenant des dessins parus dans le New Yorker, la découverte amusée des relations humaines à l’américaine par Sempé donne lieu à Par Avion (1989).

À partir des année [...]

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Nelly FEUERHAHN, « SEMPÉ JEAN-JACQUES - (1932-2022) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-jacques-sempe/