SEMPÉ JEAN-JACQUES (1932- )

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Observateur taquin des petits travers qui sont nos luxes quotidiens, Jean-Jacques Sempé (né en 1932 à Bordeaux) a su imposer un style graphique à la fois dépouillé et très expressif. Le dessin d'humour au trait lui a certes apporté la célébrité, mais l'aquarelle semble caractériser désormais l'ensemble de son œuvre.

En 1951 paraissent ses premiers dessins, signés Drô, dans Sud-Ouest Dimanche ; ils lui vaudront le prix Carrizey en 1952. De Chaval et de Bosc, dont il appréciait la ligne dépouillée, il sut retenir l'innocence du geste, le commentaire inattendu. Pourtant, c'est peut-être sa rencontre avec René Goscinny qui fut à bien des égards la plus décisive pour donner un ton nouveau au dessin d'humour français ; Le Petit Nicolas, ce contemporain d'Astérix, associa les deux hommes au fil de cinq albums parus de 1960 à 1964. Parallèlement, les premiers recueils de Sempé affichent leur filiation avec l'inspiration désarmante d'un regard enfantin sur le monde : Rien n'est simple (1962), Tout se complique (1963), Sauve qui peut (1964) et Monsieur Lambert (1965). Avec ce dernier titre, un nouveau type social est né, cousin du petit bourgeois à chapeau, pardessus et parapluie : « J'ai faim, j'ai froid et je veux de l'amour », annonce celui-ci à celle qui partage son douillet domicile.

Autour des années 1970, l'apogée de la société de consommation fut l'occasion pour Sempé de montrer les incohérences et les excès de celle-ci. Si le trait a très vite défini le style graphique de l'humoriste, la couleur a su pénétrer cet univers en l'enrichissant d'une subtilité esthétique délicate. Au fil des albums, les jeux de l'image et de la légende – long commentaire ou formule lapidaire – ont été soigneusement explorés. Plus de cinquante titres de presse ont accueilli les dessins de Sempé, dont Noir et Blanc (1951-1954), Paris-Match (1957-1967 et 1989), L'Express (1965-1973), et une trentaine d’albums ont été publiés en France comme à l'étranger. En accédant, dès 1978, à l'illustration des couvertures du New Yorker, Sempé franchit une étape, non seulement par la notoriété du support mais par la reconnaissance d'un style qui libère des contraintes du gag. Par avion (1989), petit ouvrage en partie constitué de dessins initialement publiés dans le New Yorker, est une réussite, qui combine des dessins autonomes à une histoire dont la portée satirique à l'encontre des États-Unis est une prime offerte aux lecteurs français. Dans un registre plus mélancolique paraissent Catherine Certitude (1988), réalisé en collaboration avec Patrick Modiano, Die Geschichte von Herrn Sommer (1991), avec Patrick Süskind, Il a fait l'idiot à la chapelle ! (2002), avec Daniel Auteuil, et Contes de chats (2008), avec Brigitte Fontaine. Sempé se révèle être un créateur secret, même, et surtout lorsqu'il parle de son travail : « Ce qui me séduit tellement dans le dessin humoristique, c'est qu'on exprime certaines choses avec pudeur. C'est certainement une façon de parler de soi sans en avoir trop l'air. » (Sempé, livre de l'exposition, Ville de Caen, 1984).

Sempé a été le premier lauréat du grand prix national des arts graphiques, créé en 1979 par le ministère de la Culture. Paris lui a consacré une rétrospective au pavillon des Arts en 1991 et à l’Hôtel de Ville en 2012.

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GOSCINNY RENÉ (1926-1977)

  • Écrit par 
  • Marc THIVOLET
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Dans le chapitre « Le scénario selon Goscinny »  : […] De retour en France en 1951 (« Sept ans d'Amérique, ça commençait à bien faire »), Goscinny se voit confier la responsabilité de l'antenne parisienne de World Press par Georges Troisfontaines. Il y fait la connaissance d'Albert Uderzo, laquelle, après celle de Morris aux États-Unis, lui permet de comprendre le parti qu'il peut tirer des échanges entre auteur d'histoires et « metteur en images ». […] Lire la suite

Pour citer l’article

Nelly FEUERHAHN, « SEMPÉ JEAN-JACQUES (1932- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-jacques-sempe/