OBERLIN JEAN FRÉDÉRIC (1740-1826)

Pasteur du Ban de la Roche (Steinthal, près de Schirmeck), Oberlin exerce à partir de 1767, un peu comme son correspondant Lavater, une profonde influence en divers milieux au cours d'un apostolat de nature souvent fort théosophique. Son rayonnement ne se limite pas à sa paroisse : on voit Mme de Krüdener faire chez lui un séjour dont elle sortira transformée, plus convaincue que jamais de la mission dont elle se croit chargée. Oberlin estime les communications avec le monde des esprits nécessaires à une communauté chrétienne. Les anges peuvent apparaître à qui ils veulent. Mais Oberlin prétend aussi communiquer avec de chers disparus. Non seulement sa femme défunte, mais encore la Vierge lui apparaissent en rêve. Il note soigneusement les rêves de ses paroissiens, fait aussi grand cas de Swedenborg, à qui il reproche seulement de ne pas assez distinguer ce qu'il tient de Jésus-Christ et ce qu'il tient des anges bienheureux ; de même, il regrette que Swedenborg ne soit pas allé jusqu'au ciel angélique décrit par Pordage. Il s'intéresse au magnétisme, à la physiognomonie, lit Böhme, Œtinger, Lavater, s'inspire quelque peu du quiétisme.

Ses relations avec Jung-Stilling remontent à 1801 ; en 1812, Stilling et sa famille font un séjour au Ban de la Roche. Pour la plus grande joie de ses amis Empeytaz et la baronne de Krüdener, il représente les demeures célestes sous forme de tableaux dessinés. S'appuyant sur la parole de Jésus : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père », il cherche à représenter ces demeures par des couleurs symboliques. Oberlin enseigne la notion d'androgynat primitif, pense que la résurrection mettra fin à la séparation des sexes et décrit longuement la progression, à travers les demeures célestes, de deux époux se rejoignant pour se séparer à nouveau. Sa démonologie, assez pittoresque, se réfère généralement aux Écritures ; les diables peuvent, comme les bons anges, se transporter où il leur plaît ; ils rôdent partout, mais de préférence dans les lieux secs et déserts ; plusieurs maladies proviennent non pas de causes naturelles mais d'esprits malfaisants. Oberlin prêche contre l'éternité des peines, sans toutefois se prononcer très nettement. Gotthilf Heinrich von Schubert lui fera une bonne place dans sa Symbolik des Traumes (1814).

—  Antoine FAIVRE

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Écrit par :

  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études (Ve section), professeur à l'université de Bordeaux-III

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Antoine FAIVRE, « OBERLIN JEAN FRÉDÉRIC - (1740-1826) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-frederic-oberlin/