LOUVET JEAN-BAPTISTE (1760-1797)

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Né à Paris, fils d'un papetier, Louvet (qui se fit souvent appeler Louvet de Couvray pour se distinguer d'un frère aîné qu'il haïssait) débute à dix-sept ans comme secrétaire de Dietrich (le futur maire de Strasbourg), puis est commis d'un libraire quelque peu spécialisé en ouvrages licencieux, ce qui lui donne envie de tenter sa chance en ce domaine. En 1787, il publie Une année de la vie du chevalier de Faublas, que suivront, en 1788, Six Semaines de la vie du chevalier de Faublas et, en 1790, La Fin des amours du chevalier de Faublas ; l'ensemble lui vaut à la fois une certaine fortune et une renommée certaine. Au romanesque de son œuvre il joint celui de sa vie : il enlève la jeune femme d'un joaillier, mariée contre son gré et qu'il aimait depuis l'enfance, la nomme Lodoïska, du nom d'une de ses héroïnes, et va se cacher à Nemours avec elle. 1789 les ramène ensemble à Paris.

Tout naturellement, il s'enflamme pour la Révolution. Il débute par une brochure, Paris justifié, à l'éloge des journées d'octobre 1789. Il milite au club des Jacobins (il sera bientôt membre de son comité de correspondance où il succède pratiquement à Laclos, autre romancier). En 1791, il publie un nouveau roman, Émilie de Varmont, dont le sous-titre explicite les thèses : « ou le divorce nécessaire et les amours du curé Sevin ». Le 25 décembre 1791, il présente à l'Assemblée législative, au nom de la section des Lombards dont il est membre, une pétition de sa main, qui obtient un tel succès que l'Assemblée en ordonne l'impression : « Que des millions de nos soldats-citoyens se précipitent sur les nombreux domaines de la féodalité, qu'ils ne s'arrêtent qu'où finira la servitude et que les palais soient entourés de baïonnettes. » En mars 1792, il lance un journal, La Sentinelle, auquel les fonds et les soins des ministres « jacobins », Dumouriez puis Roland, assurent un gros tirage et une diffusion considérable. Louvet est un homme qui monte.

En septembre 1792, les électeurs du Loiret l'envoient à la Convention. Il s'y comporte aussitôt en Girondin, parmi les plus acharnés (les Montagnards le surnomment « le maître des cérémonies de madame Roland »). Le 29 octobre, c'est lui que le parti choisit pour prononcer un discours enflammé où il réclame le décret d'accusation contre Robespierre et Marat. Robespierre, par sa réplique du 5 novembre, le réduit au silence. Moins bon orateur qu'écrivain, Louvet s'efface dans les débats qui vont suivre ; il vote la mort de Louis Capet, mais avec l'appel au peuple puis avec le sursis ; lors de la trahison de Dumouriez, il tente de se disculper de ses anciennes liaisons avec lui. Il ne compte déjà plus beaucoup quand, le 2 juin 1793, il est décrété d'arrestation avec ses amis girondins.

Louvet réussit à se cacher et, pendant plus d'un an, connaît la vie clandestine d'un proscrit. Lodoïska, qui a enfin obtenu le divorce en 1792, parvient à le rejoindre, l'épouse au hasard d'une étape dans une municipalité en rébellion, partage les incertitudes et les périls de son errance, donne le jour à leur fils dans un hameau jurassien : rien de plus beau dans cette biographie d'un homme de faible trempe que la fidélité mutuelle d'une indéfectible passion. Rentré à Paris en octobre 1794, Louvet est rappelé dans le sein de la Convention le 8 mars 1795, en même temps que les autres Girondins mis hors la loi ; il fera bientôt partie du dernier Comité de salut public ; mais il se refuse à emboîter le pas à la réaction thermidorienne ; les contre-révolutionnaires le prennent pour cible, et la jeunesse dorée vient sous ses fenêtres conspuer Lodoïska. Député aux Cinq Cents, membre de l'Institut, il poursuit sa lutte contre les royalistes jusqu'à une mort due aux fatigues autant qu'à la maladie. Lodoïska s'empoisonnera pour l'accompagner dans la tombe ; on parviendra pourtant à la sauver ; ne vivant que pour son enfant, elle survivra jusqu'en 1824.

De Louvet, homme politique, il ne reste guère d'intéressant que ses Mémoires (édition Aulard, 1889). Pour le romancier, Faublas est un meilleur titre à l'immortalité. Sens du dialogue, verve intarissable qui assure les rebondissements de l'intrigue, plaisir d'écriture à narrer les aventures du plaisir : en lui faisant les honneurs de la Pléiade, Etiemble n'a pas tort de louer « tant de vivacité, de drôlerie, d'alacrité, d'allégresse et d'insolence ». Insolence qui se lie au proche engagement politique : Louvet insistera lui-même sur « les passages sérieux où l'auteur montre un grand amour de la philosophie, et surtout des principes de républicanisme assez rares encore à l'époque où je les écrivais ». Mais insolence qui ne bafoue jamais la sensibilité. Dans l'éventail des tendances érotiques du xviiie siècle finissant, Faublas occupe une place bien singulière, non par son amorale apologie de l'innocence dans le plaisir, non pas même surtout par un goût exceptionnellement insistant du travesti (et des délicieuses ambiguïtés qu'il engendre), mais par l'intarissable effusion de la tendresse que le plaisir ne flétrit pas. Et l'amant de l'unique Lodoïska ne se reniait pas en engageant la fraîcheur de son tout jeune héros dans l'imbroglio hasardeux et scabreux de ce labyrinthe des amours.

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Jean MASSIN, « LOUVET JEAN-BAPTISTE - (1760-1797) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-baptiste-louvet/