BENS JACQUES (1931-2001)

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Romancier subtil, Jacques Bens fut membre fondateur de l'Oulipo. Ses débuts, avec Valentin et La Plume et l'ange, avaient été remarqués par Raymond Queneau et Boris Vian ; le Collège de Pataphysique signala cet auteur nouveau qui, très pataphysiquement, mêle l'apparence et la réalité. On retiendra particulièrement Sept Jours de liberté (1961), recueil de nouvelles où sept jeunes gens se montrent incapables de profiter d'une liberté dont ils ignoraient le mode d'emploi ; La Trinité (1965), chef-d'œuvre non d'un style mais des styles, au double sens, compagnonnique, du mot chef-d'œuvre et artisanal du mot style, et son étonnante description de la cathédrale de Bourges, quête poétique parfaitement intégrée au déroulement du récit où de chaque pierre se lève une interrogation nouvelle ; Adieu Sidonie (1969), récit aux péripéties tirées d'œuvres antérieures, roman éminemment « culturel » sans qu'à aucun moment la culture ne nuise à la liberté de l'écriture : douze livres, tels les douze signes du Zodiaque, inspirent les douze chapitres, dissimulés tout juste assez peu pour que le lecteur puisse les reconnaître, dans l'ordre chronologique inverse de leur parution : ainsi Vian et son Herbe rouge ponctue le chapitre i, Queneau et Le Chiendent, le chapitre ii, Joyce et Ulysse le chapitre iii, plus loin Jarry et L'Amour absolu, Proust qui commande la description d'un vitrail, Bouvard et Pécuchet celle du jardin de l'organon du Collège de Pataphysique, et, pour finir, Dante, et l'on a encore traversé Tristram Shandy, Arsène Lupin, l'entomologiste Fabre, le Dom Juan de Molière, le Testament de Villon ; dans Rouge Grenade (1976), la trame du récit est oblitérée, rendue inapparente par l'articulation souple des événements et une écriture d'une surprenante légèreté, quand ce roman est un des plus construits qui soient : soixante chapitres, douze jours (5 chapitres par jour) et trois thèmes (l'amour, la sauvagerie iconoclaste des touristes, un colloque qu'on peut supposer normand et de Cerisy, quoiqu'il se passe sous le soleil du Midi). Bens reconnaît volontiers sa dette envers l'Oulipo qui l'a conduit à approfondir les conditions architecturales d'un roman. Sachant manier vocabulaire et syntaxe avec précision, son écriture se caractérise par le refus du didactisme ; la littérature est inapte à changer le monde ; elle est inutile autant qu'indispensable ; fondée sur la notion de jeu (Bens a écrit un Guide des jeux d'esprit, 1967), elle est génératrice de plaisir. Poète, son Retour au pays (1968) est un livre-manifeste pour une poésie non hermétique ; ses 41 Sonnets irrationnels (1965), bâtis sur le nombre pi, créent une structure nouvelle répondant aux préoccupations de l'Oulipo, et praticable par tous les poètes. Homme de théâtre (plusieurs pièces interprétées à la radio), il montre dans ses œuvres dramatiques les mêmes soucis de construction (Les Vaudois, encore inédit). Essayiste, il est l'auteur d'un Queneau (1962) qui fait autorité, d'un Boris Vian (1976) où sont décelées les méthodes d'écriture de l'écrivain, et d'un Marcel Pagnol (1994).

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Noël ARNAUD, « BENS JACQUES - (1931-2001) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 juillet 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-bens/