AMYOT JACQUES (1513-1593)

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Humaniste et prélat français, c'est en tant que traducteur que Jacques Amyot s'imposa comme grand écrivain. Né à Melun d'une famille modeste, « le Plutarque françois » fait à Paris de brillantes études, de grec notamment, et est reçu maître ès arts à dix-neuf ans. En 1534 ou 1535, poussé par le désir de faire du droit, ou par l'inquiétude à la suite de l'affaire des Placards, il se rend à Bourges, où il restera plus de dix ans. Il y devient précepteur dans de grandes maisons, celle de Jacques Colin, abbé de Saint-Ambroise, puis celle de Guillaume Bochetel, qui tous les deux remplissent des fonctions importantes auprès du roi, protègent les humanistes et figurent parmi les hommes les plus polis du siècle. Amyot peut ainsi compléter à la fois sa formation d'helléniste et sa formation d'homme du monde.

La protection de J. Colin lui permet, grâce à l'appui de Marguerite de Navarre, d'obtenir rapidement la chaire de lecteur de latin et de grec à l'université de Bourges ; celle de Bochetel lui vaut d'être chargé par François Ier, en 1542, de la traduction des Vies parallèles de Plutarque. Amyot se consacre dès lors à cette tâche, acquérant ainsi la faveur du roi qui le nomme, en 1547, abbé de Bellozanne ; il occupe les loisirs qu'elle lui laisse en traduisant un roman d'Héliodore, L'Histoire éthiopique [...] de Théagène et Chariclée (1547), pour se faire en quelque sorte la main. Une fois ce dernier ouvrage publié, il décide d'aller en Italie collationner son texte des Vies avec celui des manuscrits de la Péninsule. Il y passe plus de quatre ans : à Venise d'abord, où il rejoint l'un de ses premiers protecteurs qui y est ambassadeur ; à Rome ensuite, où il s'attache à l'influent cardinal de Tournon, qui lui confie, en 1551, une mission diplomatique auprès du concile de Trente.

De retour en France, il met au point sa traduction de Sept Livres des histoires de Diodore sicilien, qui paraîtra en 1554, et tâche de s'avancer à la Cour. Après avoir espéré en vain être chargé de l'éducation du dauphin, il est nommé, en 1557, précepteur et aumônier des ducs d'Orléans et d'Angoulême, les futurs Charles IX et Henri III. Il s'acquittera excellemment de sa double tâche, tout en menant à bien ses travaux : en 1559, en même temps qu'une version française d'un roman de Longus, Les Amours pastorales de Daphnis et Chloé, il fait paraître la traduction des Vies parallèles. Le succès est immédiat et considérable ; Amyot donne, en 1565 puis en 1567, des rééditions revues et corrigées ; elles seront suivies de beaucoup d'autres.

À son accession au trône en 1560, Charles IX fait d'Amyot son grand aumônier et le nomme supérieur des Quinze-Vingts. En dépit des obligations que lui imposent ces nouvelles charges, il n'oublie pas Plutarque : il entreprend la traduction des opuscules, Œuvres morales et Œuvres meslées, qu'il publiera en 1572. Comme pour les Vies, l'accueil est triomphal et les réimpressions immédiates. Sa nomination à l'évêché d'Auxerre en 1570 et les multiples démêlés et déboires qu'entraîne cette suprême dignité n'empêchent pas Amyot de continuer à corriger son œuvre. Ainsi se trouvait une nouvelle fois confirmé le scrupule, déjà attesté par l'attention passionnée accordée aux variantes, du « sçavant translateur » (Du Bellay), dont les traductions paraissent à l'époque inimitables et frappent aujourd'hui encore par leur exactitude et leur précision. Ainsi se révélait plus que jamais le souci de l'auteur de polir son adaptation et, par la recherche inlassable d'un style aisé, expressif et harmonieux, de faire œuvre originale.

Salué par ses contemporains comme un maître de la langue (il se félicite d'avoir « enrichy et poly » le français) et de la prose françaises (grâce à lui, déclare Montaigne, « nous osons à cett' heure et parler et escrire »), Amyot a exercé sur son siècle une influence considérable, en lui offrant, par ce qui est une véritable recréation, à la fois (dans les Vies parallèles) des modèles d'idéal héroïque (qui fascineront encore Jean-Jacques Rousseau et Napoléon Bonaparte) et (dans les Œuvres morales) une invitation à l'analyse morale et psychologique ainsi que l'élaboration d'une nouvelle éthique, mondaine et purement humaine : en même temps qu'il donnait du héros à l'antique une admirable image, il préparait ainsi « l'avènement, après la période des troubles politiques, d'un nouvea [...]

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Écrit par :

  • : agrégé de l'Université, maître assistant à l'université de Paris-VII

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Pour citer l’article

Bernard CROQUETTE, « AMYOT JACQUES - (1513-1593) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-amyot/