WELCH JACK F. (1935-2020)

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Si General Electric (GE) a été sacré « entreprise la plus admirée au monde » par le prestigieux magazine Fortune, c'est essentiellement grâce à Jack Welch, son P-DG de 1981 à 2001, lui-même considéré comme l'un des plus grands patrons de l'histoire américaine.

C'est à quarante-cinq ans seulement que « Neutron Jack », ainsi surnommé en référence à son énergie et sa rapidité de décision, est devenu le huitième P-DG d'une entreprise vieille de plus de cent vingt ans. Pendant sa présidence, le groupe – tout en voyant ses effectifs réduits d'un tiers – a quadruplé de volume (pour dépasser la barre mythique des 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires en 1998) et multiplié par six ses bénéfices, tandis que la capitalisation boursière était multipliée par trente.

Numéro un mondial dans pratiquement chacun de ses onze métiers (fabrication de locomotives et de moteurs d'avion, chaînes de télévision, électroménager, matériel médical, services financiers, location longue durée de voitures, etc.), GE est pourtant une entreprise très décentralisée – mais animée d'une forte culture commune. Ce n'est pas un conglomérat, mais une myriade de PME autonomes et savamment orchestrées pour aller toutes dans la même direction. Avoir su concilier gigantisme et agilité, et impulser à ses équipes l'obsession de la satisfaction du client sont les grandes réussites de Jack Welch.

Pour un P-DG d'une telle envergure, son CV est étonnamment simple et court : entré chez GE à l'âge de vingt-cinq ans, il ne l'a plus quitté depuis lors.

Né d'un père cheminot le 19 novembre 1935 à Peabody, une petite bourgade du Massachusetts, John Francis Welch Junior effectue un parcours universitaire brillant en décrochant son diplôme d'ingénieur chimiste avec mention puis son doctorat à l'université de l'Illinois. Marié à vingt-quatre ans, il entre l'année suivante chez GE dans la division Plastiques où il est responsable du développement technique d'une résine, le Noryl. Tout de suite repéré comme un élément exceptionnel, il prend la tête de la division Plastiques et devient, à trente-trois ans, le plus jeune directeur général de toute l'histoire du groupe. En 1972, il est promu vice-président de la très importante division Matériel médical, dont il dirige l'activité composants électroniques. Nommé vice-président du groupe en 1979, il accède au fauteuil présidentiel le 1er avril 1981 et commence à modeler GE à sa façon.

Ce joueur de golf émérite n'est cependant pas un intellectuel qui applique des théories du management sophistiquées ; il va s'avérer un chef charismatique qui fait parler son instinct.

Faire partie des trois premiers opérateurs mondiaux est l'objectif assigné par Jack Welch à chacune des entités du groupe et le critère d'évaluation qu'il instaure dès son arrivée à la présidence.

Il se sépare alors d'activités dont il pense – à juste titre – qu'elles ne pourront jamais y parvenir (outillage, électronique de loisir, semi-conducteurs, armement, satellites), et investit en revanche massivement dans les services. Il est notamment l'instigateur d'une diversification particulièrement réussie dans la finance (assurances, financement des investissements) qui dégage une très haute rentabilité. Il entre également par la grande porte dans l'univers des médias en prenant le contrôle de la chaîne de télévision NBC.

Parallèlement, Jack Welch bouleverse l'état-major et les méthodes de travail de GE. Dans ce groupe gigantesque, qui tendait à s'enfoncer dans la bureaucratie, il écrase la pyramide hiérarchique, pour la ramener à quatre niveaux seulement, et imprime une culture de motivation sans précédent.

Restant en permanence au contact de ses troupes, et réputé pour son franc-parler, il a le don de galvaniser ses équipes. Outre les multiples réunions de dirigeants qu'il anime, il participe une demi-journée par mois à un séminaire de formation des cadres et peut aussi passer des journées entières auprès d'ouvriers pour comprendre comment améliorer une méthode de production.

Cherchant constamment à accélérer les processus de prise de décision, il laisse aux managers du groupe une très grande liberté d'initiative ; liberté contrebalancée cependant par un système de reporting lourd et contraignant. Chacun est encouragé à donner son avis, même quand il n'est pas directement concerné par le dossier examiné. Un dirigeant qui prend des décisions seul est du reste très mal vu et sommé de changer de méthode sous peine de sanction.

Le moule de valeurs que chacun doit intégrer constitue une autre contrainte venant compenser la forte décentralisation : des formateurs vérifient que chaque cadre adhère à des principes bien définis (recherche de la qualité maximale, réactivité, service au client, etc.). Le personnel des sociétés nouvellement acquises est soumis plus que tout autre à ce genre d'examen.

Le système Jack Welch a fait ses preuves, et des émules : plusieurs groupes américains, tels que 3M, Coca-Cola, Wal-Mart ou AlliedSignal, avaient d'ores et déjà adopté ses principes, quand le P-DG de GE prit sa retraite en 2001.

Jack Welch est mort le 1er mars 2020 à New York.

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Pour citer l’article

Patrick HAAS, « WELCH JACK F. - (1935-2020) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jack-f-welch/