ČANKAR IVAN (1876-1918)

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La révolte d'un écrivain prolétarien

L'expression lyrique a permis à Cankar d'échapper à la tentation naturaliste et à l'illusion du réalisme objectif. « Mes yeux, disait-il, ne sont pas un appareil mort, ils obéissent à mon âme, à sa compassion, son amour et sa haine. » C'est probablement pourquoi il n'a jamais réussi à créer un roman dans le vrai sens du mot, bien qu'il en éprouvât fortement le désir. Au défilé (1902), La Maison de Marie-du-Perpétuel-Secours (1904), Martin Kačur (1906) et même Le Valet Yerney et son droit (1907), son texte le plus achevé, ne sont que des histoires. Après 1910, comme s'il admettait sa propre impuissance, il semble se spécialiser dans la courte nouvelle, qu'il avait adoptée spontanément dès 1899 avec ses Vignettes.

La réalité, il la saisira dans le geste même de son engagement. La lecture de Nietzsche a fait entrer Cankar, après 1902, dans une période « positive », et, sous l'influence de Marx, il est devenu socialiste. En 1907, il se présente aux élections, où il est battu. En 1910, il rentre définitivement en Slovénie. En 1913, il est emprisonné quelque temps pour avoir lancé, au cours d'une conférence, l'idée d'une république fédérale des peuples yougoslaves. Au début de la guerre, il est suspect au gouvernement qui le fait interner au château de Ljubliana, cette fois pour de longs mois. Mobilisé, puis réformé, il se retire, déçu par son échec politique, physiquement brisé ; c'est à Ljubliana qu'il meurt dans le plus grand dénuement.

Son œuvre porte la marque de ses combats en faveur d'un ordre social plus juste. Dans Le Valet Yerney (Hlapec Jerney, 1907), histoire qu'il avait conçue comme devant appuyer sa candidature malheureuse de 1907, il expose le problème fondamental des rapports entre employeurs et employés, en racontant le triste destin d'un valet, chassé de la ferme où il a travaillé toute sa vie. Il démasque la misère morale du milieu où il vit, les habitudes serviles de son peuple, la pruderie des bien-pensants, le patriotisme grandiloquent et le paternalisme des politiciens libéraux : Pour le bien du peuple (Za narodov blagor, 1902).

Il excelle dans la satire anticléricale. Le meilleur exemple en est la nouvelle Polikarp, publiée en 1908 dans l'Histoire du val de Saint-Florian (Zgodbe iz doline šentflorjanske). Un vagabond pénètre de nuit dans la ferme d'une cure. On le trouve mort au petit matin dans l'écurie. Nul ne le connaît ; on trouve sur lui une lettre qui porte le nom de Polikarp. Le vieux prêtre qui réside en ces lieux manifeste un intérêt étonnant pour le cadavre et le fait inhumer. La nuit, le vagabond sort de sa tombe et lui demande des comptes : fruit d'un péché de jeunesse, il est ce fils que le prêtre a jadis abandonné. Hanté, le prêtre devient fou.

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Dans le chapitre « Individualisme et communauté spirituelle »  : […] On doit à Cankar l'élaboration de l'écriture moderne dans le discours romanesque et dramatique : une phrase, musicale et bien rythmée, que l'on pourrait qualifier d'impressionniste, riche en métaphores et aussi en symboles, un art du dialogue à la fois réaliste et symboliste. C'est une prose toute pénétrée d'une thématique existentielle typique de la collectivité nationale et sociale. Il faut surt […] Lire la suite

Pour citer l’article

« ČANKAR IVAN - (1876-1918) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/ivan-cankar/