ISAAC ou ISAAK HEINRICH (1450 env.-1517)

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Organiste et compositeur qui se disait originaire des Flandres et qu'on peut rattacher au courant dit franco-flamand tel qu'il se manifesta en Italie. Isaac mourut à Florence, où Laurent de Médicis l'avait invité. Il a pendant longtemps passé pour allemand, mais son testament semble confirmer son origine flamande. Quoi qu'il en soit, Isaac était en 1474 l'élève à Florence de l'organiste et compositeur italien Antonio Squarcialupi (1416-1480), à qui il succéda à la tribune d'orgue de la cour des Médicis en 1475. Trois ans plus tard, il fut nommé maître de musique des enfants de Laurent de Médicis. Il fut peut-être organiste de l'église Saint-Jean, en 1480, voire de la cathédrale de Florence. En 1485, il occupait les fonctions de chantre et de compositeur à la chapelle Saint-Jean (San Giovanni) ; fut-il maître de chapelle ? Un document postérieur semble le prouver. On trouve des témoignages de sa présence à Innsbruck, en 1484, puis de 1494 à 1496, où il séjourna à la cour de Maximilien Ier, qu'il suivit à Augsbourg et à Vienne en 1497 ; cette année-là, il obtint le titre de compositeur de la cour impériale. Il semble qu'il ait dû quitter l'Italie à la suite des troubles qui éclatèrent à la mort de Laurent le Magnifique (1492), et surtout parce que la chanterie avait été dissoute sur l'ordre de Savonarole. Isaac célébra Laurent par deux motets : Quis dabit capiti meo aquam ? et Quis dabit pacem populo timenti et Maximilien par le motet à six voix Virgo prudentissima. Entre 1497 et 1500, il fut aussi en contact avec le prince électeur Frédéric le Sage à Torgau. En 1508, une vaste composition comprenant une nombreuse suite de pièces liturgiques commandée par le chapitre de la cathédrale de Constance, l'occupa presque entièrement ; c'est le fameux Choralis Constantinus qui fut édité par la suite : Primus tomus choralis Constantini, Nuremberg, 1550 ; Tomus secundus choralis Constantini, 1555 ; Historiarum choralis Constantini tertius tomus, 1555. Lorsque les Médicis revinrent au pouvoir, Isaac se mit à nouveau à leur service (1512) et fut nommé « proposto » ou « presidente della cappella ». L'année suivante, il dédia le motet à six voix Optime...pastor à Jean, fils de Laurent de Médicis, lors de son accession au pontificat (Léon X), et ce pape fit en sorte que son protégé retrouve les revenus substantiels qui étaient les siens du temps de son père. L'empereur Maximilien, qui avait accepté qu'Isaac retournât en Italie, en fit son ambassadeur près de la cour florentine. Le musicien mourut chargé de gloire et fut enterré à l'église Santa Maria de Servis. Son élève, Ludwig Senfl, lui succéda comme compositeur et organiste de la cour impériale et paracheva, avec Balthasar Resinarius (1480 env.-1546), le Choralis Constantinus.

Isaac est l'une des personnalités marquantes de la musique à la fin du xve siècle ; il est la seule qu'on puisse qualifier d'internationale. Importante et variée, quoique encore trop mal connue, son œuvre semble inégale en qualité d'inspiration. Petrucci publia en 1506 cinq messes (Misse Henrici Izac) ; il existe une vingtaine de messes inédites et cinq autres publiées, en dehors de celles qui figurent dans le Choralis Constantinus. La musique religieuse comprend en outre quarante motets et des pièces liturgiques diverses ; la musique profane est illustrée par seize chansons allemandes et une dizaine de compositions instrumentales. Cependant, on lui a parfois attribué un bien plus grand nombre d'œuvres, répandues dans toute l'Europe musicale. Une étude critique reste à faire. Quoi qu'il en soit, Isaac s'illustra dans tous les genres pratiqués à son époque ; il parvint à une synthèse originale des styles flamands, italiens et germaniques du Sud. Dans ses chansons italiennes, Canti carnascialeschi, sur des paroles de Laurent de Médicis, il fait preuve de naturel, de simplicité populaire et il obéit à l'idéal de Leon Battista Alberti qui préférait « plaire à beaucoup plutôt qu'à peu de gens » (giovare a molti che piacere a pochi). Dans un certain nombre de messes (notamment cinq messes du troisième livre du Choralis Constantinus), Isaac utilise la structure dite de la messe allemande, avec alternance de polyphonie de quatre à six voix et de mélodie à l'unisson. Les chansons allemandes font partie des meilleures œuvres du compositeur, eu égard à la [...]

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Écrit par :

  • : psychanalyste, membre de la Société de psychanalyse freudienne, musicologue, président de l'Association française de défense de l'orgue ancien

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Pour citer l’article

Pierre-Paul LACAS, « ISAAC ou ISAAK HEINRICH (1450 env.-1517) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/isaac-isaak/