MURDOCH IRIS (1919-1999)

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Née à Dublin dans une famille anglo-irlandaise, Dame Iris Murdoch a vécu en Angleterre, à Oxford, où elle enseigna la philosophie dès 1948. En 1953, elle se fait connaître des milieux universitaires en publiant un ouvrage sur Sartre (Sartre : Romantic Rationalist), qui sera suivi, en 1970, par un essai sur les rapports de la morale et de la métaphysique : The Sovereignty of the Good.

Iris Murdoch

Photographie : Iris Murdoch

L' Irlandaise Iris Murdoch (1919-1999), romancière, philosophe et auteur dramatique. 

Crédits : Evening Standard/ Hulton Archive/ Getty Images

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En 1954, cependant, paraît son premier roman, Sous le filet, titre emprunté à celui qui fut son maître, le philosophe Ludwig Wittgenstein. Dans une conférence donnée en 1978 à l'université de Caen, après avoir examiné l'œuvre de Wittgenstein et des formalistes, citant au passage Kant et Hume à propos de l'idée de l'unité du moi, Iris Murdoch se penche sur les relations entre art et réalité, art et illusion, et affirme : « La littérature est dangereuse, c'est une sorte de magie [...]. L'art est une tentative pour atteindre la toute-puissance par le moyen de la fantaisie personnelle [...]. On peut dire que l'art est le producteur principal d'unités illusoires. » À commencer par celle qui lie l'auteur à son lecteur.

De roman en roman, depuis Le Séducteur quitté (1956) jusqu'au Message à la planète (1989), en passant par L'Élève du philosophe (1983) et L'Apprenti du bien (1985), Iris Murdoch n'a cessé d'explorer la relation de toute-puissance et d'abandon, de domination et de renoncement à soi qui s'établit entre le maître et l'élève, l'écrivain et son lecteur, le séducteur et sa victime. Le sujet le plus constant de cette œuvre est le rapport dangereux, à la fois désirable et incertain, qui relie l'enchanteur à ses proies consentantes. C'est en termes de magie qu'est décrit ce rapport. Des sentiments tels que le désir et la fascination intellectuelle sont montrés sous la forme d'une illusion par laquelle sont abusés les personnages et dont il leur faudra venir à bout pour que, enfin délivrés du pouvoir mystérieux qui les retenait captifs, ils puissent enfin devenir eux-mêmes.

L'enchanteur, élément à la fois destructeur et créateur, c'est par exemple Rozanov, illustre philosophe rentré depuis quelque temps au pays, dont George McCaffey est l'élève envoûté, impuissant et malheureux (L'Élève du philosophe) ; ou Crimond, ancien marxiste, incarnant la pureté de l'idée, c'est-à-dire le fanatisme et la soif d'absolu, autour duquel gravitent des personnages indécis (Les Compagnons du livre, 1988) ; ou encore Marcus Vallar, semblable au Christ devant le corps de Lazare, qui « ressuscite » Patrick, son ami, que l'on tenait pour mort (Le Message à la planète)...

Autour de ce centre creux (quel être est véritablement l'enchanteur ?), tous s'agitent et s'interrogent. Sortis tout droit du monde intellectuel – étudiants, professeurs, écrivains ou psychanalystes –, les personnages discourent au fil des pages, s'analysent et analysent leurs rêves, débattent les idées d'aujourd'hui et les questions de toujours. Au terme d'un cheminement douloureux et obscur, ils parviendront à se défaire de l'influence du maître : à découvrir, avec leur liberté, une forme de paix intérieure.

« Tout art de valeur reste un pèlerinage, celui qui va des apparences à la réalité [...]. Les êtres sont prisonniers de leurs propres illusions, puis ils s'en dégagent ; certaine découverte touchant au réel se fait dans le courant de l'histoire [...]. Il y a toujours une résolution morale des problèmes auxquels les personnages sont confrontés. » En s'arrachant à la boue qui menaçait de l'ensevelir, Hilary (Un enfant du verbe, 1975) a découvert qu'il désirait vivre : tout le reste, notamment la culpabilité qui le détruisait, s'efface au regard de cette réalité. Tim Reede (Les Soldats et les nonnes, 1980), peintre raté et bohème incorrigible, fait lui aussi retraite hors du monde, parmi les rondes collines méditerranéennes, dans la maison que lui prête la riche Gertrude Openshaw. Et Charles Arrowby (La Mer, la mer, 1978), acteur, écrivain et metteur en scène, couvert de gloire et de femmes, fuit un beau jour la complexité de sa vie et se retire dans une lointaine maison perchée au bord des vagues pour s'efforcer, à la faveur de ce recul, d'atteindre à une vision unifiée... Péripéties extraordinaires, coups de théâtre, disparitions et réapparitions mystérieuses, catastrophes en chaîne et révélations étourdissantes, incroyables coïncidences sont les étapes de l'élaboration d'une telle vision. Ces combi [...]

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ANGLAIS (ART ET CULTURE) - Littérature

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Pour citer l’article

Christine JORDIS, « MURDOCH IRIS - (1919-1999) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 29 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/iris-murdoch/