INTÉRIEUR (M. Maeterlinck)

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Un théâtre de l’attente

Claude Régy demande aux spectateurs de faire le silence avant de pénétrer dans le lieu théâtral, pour mieux rompre avec la réalité du monde extérieur. Une recommandation – dogmatique aux yeux de certains – qui s’avère bénéfique pour favoriser la rencontre avec la représentation. Celle-ci s’ouvre sur un espace abstrait (scénographie de Sallahdyn Khatir) au sol fin et sablonneux, dont les zones extérieur/intérieur sont seulement matérialisées par des variations infimes d’ombre et de lumière (Remi Godfroy). À partir de la présence permanente d’un jeune enfant endormi dans la maison, se révèlent progressivement les êtres accompagnant ce voyage au cœur de l’indicible. Pour cette nouvelle création, Régy a introduit une relation de circonstance appropriée avec le théâtre bunraku et le nō, où la vie côtoie un royaume des morts sans véritable frontière. Dans l’espace ainsi créé, les excellents comédiens japonais ne sont que silhouettes aux visages à peine entrevus. Ils procèdent par lents déplacements à pas glissés avec une grande économie gestuelle. Pour le metteur en scène, il s’agit surtout de constituer « des mouvements de la conscience ». Avec une partition verbale limitée traduite en japonais (ici partiellement surtitrée), exprimée dans une diction modulée ou fractionnée par des silences révélateurs, la profondeur et les enjeux de la pièce se révèlent surtout dans l’expression globale d’une grande force allusive, capable de provoquer une relation sensorielle avec le monde des ténèbres qui accompagne la condition humaine. L’inscription des images produites tient, au-delà de leur beauté formelle ou de leurs références picturales, d’un paysage mental propre à faire ressentir le conscient et l’inconscient. En portant une résonance métaphysique ouvrant sur une forme de sérénité et touchant au cœur de l’intime. Claude Régy rejoint ainsi Maeterlinck au plus près pour créer « un théâtre de situation et de l’attente qui renonce à l’action extérieure pour l’intérioriser ». S’il met les sens en éveil, c’est pour faire entendre « autre chose que les mots », un objectif qui est depuis des années au cœur de sa recherche. Œuvre d’une beauté irradiante, Intérieur montre, si besoin était, l'inventivité d’un jeune homme de quatre-vingt-onze ans, qui constitue un repère pour la nouvelle génération des créateurs de théâtre.

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Pour citer l’article

Jean CHOLLET, « INTÉRIEUR (M. Maeterlinck) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/interieur/