HYMNES ESSÉNIENS

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Parmi les manuscrits trouvés dans la grotte I de Qumrān figurait un recueil d'hymnes (en hébreu Hodayot, ce qu'on pourrait traduire par « actions de grâces »), rouleau en très mauvais état, dont on a réussi à reconstituer dix-huit colonnes et dont soixante-six fragments restent difficilement utilisables. Il semble que le rouleau ait été écrit par deux scribes hébreux. L'ensemble représente environ une vingtaine d'hymnes complets, dont certains sont longs, et des fragments d'une vingtaine d'autres. La publication intégrale en a été faite par E. L. Sukeni (The Dead Sea Scrolls of the Hebrew University, Jérusalem, 1955 ; il en existe une édition en hébreu). Ce texte est un des plus importants de Qumrān. On a trouvé dans la grotte IV les fragments de six autres manuscrits du même ouvrage, ce qui démontre que celui-ci était très utilisé.

Le genre littéraire de ces hymnes est très proche de celui des psaumes de la Bible, spécialement des psaumes d'action de grâces. Mais l'ouvrage comporte aussi des psaumes de pénitence, des lamentations, qui s'inspirent des lamentations de Jérémie, des psaumes de sagesse, proches de Job, et des hymnes qu'on trouve dans Ben Sira ou dans la Sagesse de Salomon. Dans l'ensemble, la doctrine contenue dans les Hodayot est conforme à celle de la Bible, mais elle porte aussi la marque des conceptions propres à la secte des esséniens, en particulier sur la « Connaissance » source de salut, révélée par Dieu à l'auteur, et par celui-ci aux initiés.

Le trait le plus caractéristique de ces Hodayot, c'est leur aspect personnel. Le psalmiste emploie constamment le « je » et c'est sa propre destinée qu'il décrit. Il est le chef de la secte, le père qui soigne et guide ses enfants, le bâtisseur de la communauté, le jardinier de la plantation éternelle. On pense évidemment à ce propos au personnage que d'autres textes de Qumrān, spécialement l'Écrit de Damas et le Commentaire d'Habacuc, désignent comme le fondateur et le législateur de la secte sous le nom de Maître de justice. Peut-être certains de ces textes proviennent-ils des disciples qui ont organisé le recueil, mais l'ensemble des Hodayot doit être attribué à ce personnage lui-même.

On serait tenté d'y chercher des détails historiques qui permettraient de résoudre l'énigme du Maître de justice. Mais on ne peut rien y déceler sur ce dernier qui doit être situé en fonction des éléments généraux du dossier. Si l'on date les événements importants de ~ 63 environ, on pourrait penser à Onias le Juste (selon l'hypothèse du Belge R. Goossens), ou à un grand anonyme (selon Dupont-Sommer). Il est certain, en tout cas, que l'auteur a beaucoup souffert : il a été en butte à d'odieuses calomnies ; il a dû fuir à l'étranger ; à son retour, il a été maltraité et il a subi des contestations au sein de sa communauté. Même si les descriptions s'inspirent souvent des textes bibliques, il faut admettre que l'auteur fait allusion à des situations réelles. Malheureusement, les indices historiques concernant celles-ci font totalement défaut.

On peut relever, par contre, certains repères doctrinaux assez caractéristiques. À l'insistance sur la toute-puissance de Dieu correspond une terrible description de la misère de l'homme, « créature d'argile, fondement de honte, source de souillure, creuset d'iniquité, bâtisse de péché ». L'intervention de Dieu devient ainsi indispensable et s'avère toute-puissante, ce qui évoque le thème de la grâce chez les chrétiens. De même, l'idée de révélation apparaît primordiale : non plus la révélation faite à Moïse, mais celle des « secrets merveilleux » faite à l'auteur lui-même et par lui à ses disciples. L'auteur est ainsi élevé à la hauteur d'un « prophète », qui devient la pièce essentielle du plan de Dieu, la pierre d'achoppement pour les mauvais et la pierre de touche pour les bons. Il est donc un nouveau Moïse, égal et même supérieur au premier, qui fonde un nouveau judaïsme ou, mieux, un nouvel Israël, entièrement refondu en fonction de la nouvelle révélation. Pour connaître la psychologie de ce personnage aussi bien que la nature exacte de la secte fondée ou réformée par lui, les Hodayot représentent le document le plus fondamental parmi tous les documents de Qumrān.

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Écrit par :

  • : professeur à l'Université libre de Bruxelles

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  • Écrit par 
  • Raoul VANEIGEM
  •  • 1 224 mots

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Pour citer l’article

Jean HADOT, « HYMNES ESSÉNIENS », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/hymnes-esseniens/